Philippe Guèdon, Antoine Volanis & Matra

Le cas d’Antoine Volanis est interessant car il reflète les difficultés des métiers du design en France dans les années 1970, y compris les aléas de l’automobile.

C’est en 1983 que l’on fera connaissance d’Antoine Volanis lors du Salon de Genève. Né à Thessalonique (Grèce) en 1948, Antoine Volanis est venu en France à l’age de 6 ans. Armé d’un bagage technique, il commence d’abord par un stage chez Renault avant de plonger dans le grand bain chez Peugeot puis de s’épanouir chez Matra ou il occupera les fonctions de responsable du style de 1971 à 1980 sous la direction de Philippe Guèdon.

Philippe Guédon, est celui qui a fait germéer le concept du monospace en France. Ingénieur des Arts & Métiers, il fit ses classes chez Simca avant d’entamer une carrière chez Matra pour en devenir son PDG en 1983. Son dynamisme est à l’image de son franc-parler. A la suite d’un voyage aux Etats-Unis, il a acquis la conviction que l’avenir de l’automobile passera par l’apparition de véhicules récréatifs familiaux et ludiques. Le succès de la Rancho le conforte dans son opinion. Un vendredi soir, Philippe Guèdon demande à Antoine Volanis de réfléchir à une voiture de loisirs qui pourrait succéder à la Rancho, (elle même unique en son genre). Il lui faut le dessin pour lundi afin de le soumettre au président du groupe, Jean-Luc Lagardere. En quelques heures, Antoine Volanis trace l’esquisse d’un véhicule monocorps directement inspiré des vans américains qui étaient alors détournés de leur vocation utilitaire pour devenir des véhicules récréatifs.

Séduite, la direction donnera son feu vert pour la poursuite du programme et la construction de maquettes début 1980. Toutefois, Peugeot n’osera pas prendre le risque et abandonnera le projet. A l’automne 1981, Philippe Guèdon se tourne alors vers Renault. Cette nouvelle association donnera naissance, en juillet 1984, à la première berline monocorps de l’histoire : le Renault Espace. C’est Matra qui se chargera de la production dans son usine de Romorantin.

Sous la gouvernance de Philippe Guèdon, Antoine Volanis fut mêlé à des projets passionnants. On retiendra les dessins de la Matra Bagheera (1973-1980), du Rancho (l’ancêtre de nos crossovers actuels lancés en 1977) ou encore de la Murena.

En novembre 1980, Antoine Volanis decide de voler par ses propres ailes et d’ouvir son propre atelier. Avec 10 compagnons, Volanis semblait lancé sur les rails de la réussite. L’atelier fonctionnait principalement grâce à la réalisation de maquettes pour PSA et Renault. Lorsque les rouages se grippèrent et que la Régie serra les budgets alloués à la sous-traitance. C’est toute une tranche de l’histoire de l’automobile qui vacille, exposant Heuliez aux difficultés, Chapron à la faillite et Volanis à la reconversion.

Le styliste sera contraint de fermer son atelier, de se replier sur son bureau de design et de se diversifier. Parallèlement à ses études pour Peugeot, Seat ou Volkwagen, Antoine Volanis a conquis de nouveaux marchés avec des clients comme Donnay ou Porcher. Il a également contribué à la conception du révolutionnaire vélo de course monocoque en carbone français pour Look.

Matra Automobile

A côté de aérospatiale, l’armement ou les télécommunication, la branche Matra Automobile de cette organisation apparaissait comme une structure ultralégère et marginale. Matra fonctionnait avec un bureau d’études, rapide et efficace, capable de défricher les chemins de traverse qui conduisent au futur de l’automobile. Avec le recul, on peut voir que ni Chrysler, ni PSA n’ont réellement profité de cette structure dotée d’une liberté de création rare qui a pourtant produit bon nombre de projets innovants.

 

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