Les œuvres d’acier de Maria Pergay

Extrait de : Maison Française — Mai 1968.
Pour Gilles Sermadiras qui dirige et anime la Galerie Maison et Jardin, l’acier inoxydable demeure un matériau d’avant-garde dont l’emploi en décoration ne fais que débuter. C’est pourquoi dans un esprit de renouvellement et de dynamisme il accueille aujourd’hui ces œuvres audacieuses.

Ce ne sont pas des abstractions mais des objets fonctionnels faits pour un usage courant : meubles, vases, lampes, cache-pot, cendriers. La Galerie Maison et Jardin, présentera début mai au public les œuvres de cette artiste, née en Russie, naturalisée française et qui, après des études classiques a travaillé dans divers ateliers dont celui de Zadkine. Les chemins qui conduisent à la naissance d’une œuvre très nouvelle sont parfois étranges mais peuvent se comprendre. Antiquaire place des Vosges, elle a le goût du meuble, du beau matériau, du beau travail de l’ébéniste. Créateur d’orfèvre depuis 10 ans, son goût au cours de ces années de contact avec les métaux se forme ; s’aguerrir, se purifie. Bientôt elle ne peut plus supporter de travailler autre chose que ce métal pur, invulnérable qu’est l’acier inox. Très dur, il exige une rigueur de ligne en même temps qu’il demande à être traité en matière noble. « Je le sens, dit-elle, aussi précieux que le plus précieux des bois » Elle devine rapidement quelle utilisation rationnelle pourrait être faite de ses qualités exceptionnelles, mais elle est, au premier abord, impressionnée par la force, par la somptuosité qu’elle lui voit.

Pourtant elle s’y attaque avec courage, emportée par une passion. Si le prix de ce matériau sont relativement élevés par rapport à ceux qu’utilise le mobilier actuel (bois laqué, plastique), il suffirait « de quelques machines et de commandes » pour que ce type de mobilier exceptionnel, une fois industrialisé, puisse être ramené à des prix aussi abordables que les autres. C’est donc avec confiance qu’elle aborde l’avenir, encouragée et aidée par la Société Uginox et pas son responsable de la promotion artistique, M. Martel ; secondée et conseillée sur le plan technique par M. Dancoine, directeur de la Société Manelec qui l’édite.
Marie Pergay a parmi les créateurs de formes contemporaines cette originalité d’être aussi une spécialiste de la chose ancienne et c’est ce qui donne une valeur particulière à sa conviction profonde : « Si un meuble moderne supporte de vivre à côté d’un meuble du XVIIe ou avec des objets d’art africain ou mexicain, c’est qu’il est bon au juste »

La création de cette collection n’est qu’un début. D’autres objets, projets, décors, l’attendent et la passionnent. « Je compte beaucoup, dit-elle, sur l’acier lui-même pour me dicter le meilleur et j’espère que ce dialogue durera longtemps car je crois que je peux faire beaucoup mieux que ce que j’ai déjà fait. Comme dans toute recherche d’expression il faut une maturité. Or, je commence seulement ».

MAISON FRANÇAISE. MAI 1968.