Martin Szekely : Chef d’orchestre symphonique pour espace mobilier

Diplômé de l’École des Arts et Techniques graphiques Estienne, graveur en « taille-douce », il travaille dans le bâtiment, se fait embaucher comme « ramasse copeaux » chez un menuisier, devient restaurateur de meubles après son service militaire, autodidacte… des expériences qui ont modelé un designer déjà hors cadre.

Tout au long de sa carrière, il a multiplié les collaborations avec des éditeurs comme la Galerie Néotù, la Galerie Kréo ou Domeau & Pérès. L’exposition « Début » de Remi Gerbeau et la Galerie Merciers et Associés, présente des éléments de la collection « Pi », « Containers » et « Pour faire Salon ». Une exposition consacrée aux trois périodes initiales d’un travail montrant un langage renouvelé et une curiosité singulière, dans laquelle s’exprime un intérêt évident pour la recherche et les sciences du design.

La Collection « Pi » (1984)

« Noir comme le plumage de l’oiseau », c’est une première manifestation d’identité. Cette collection graphique et gracile se compose d’une dizaine de pièces d’acier laqué noir en fibre de carbone (première utilisation pour une chaise d’habitation).

La chaise longue « Pi » (née en 1982 grâce à une carte blanche du VIA), dédiée au rayon Pi, évoque un fragment de siège, une portion du cercle. Pour la petite histoire, elle évoque aussi le Dr Pi, la dentiste de Szekely, dont le fauteuil a peut-être déclenché le fantasme d’un siège aux formes et aux dimensions hors du commun.

La série « Pi » lui permettra de réaliser sa première collaboration avec Néotù. La chaise longue et le guéridon « Pi » furent des éléments forts de l’éditeur et de la galerie fondée par Gérard Dalmon et Pierre Staudenmeyer, acolyte et ami de Martin Szekely.

Pour Szekely, elles furent, avec les autres pièces présentées pour la première fois en 1984, un véritable manifeste. La scène première sur laquelle s’élabore un langage. Sa présentation au Salon du meuble à Milan (1985) lui donnera une reconnaissance internationale. La bibliothèque « Pi » viendra compléter magnifiquement ce premier ensemble.

Parallèlement, s’ensuit une série de meubles la plupart du temps réalisés à la demande de collectionneurs pour lesquels la rencontre avec Martin Szekely est déterminante. Il travaillera aussi à des aménagements de lieux publics, une collaboration avec Jean-Paul Robert et George Berne pour le réaménagement du Musée de Picardie ou encore pour la Maison de George Sand à Nohant.

De designer, Martin Szekely se transforme alors en « meublier ». Un mot cher à E. Ruhlmann, qui voyait là une différenciation théorique entre les modernistes, préoccupés essentiellement par le sens social de leur démarche, et des décorateurs, obsédés par le bon ton de la mondanité.

Szekely recherche la position du juste milieu de ces deux approches dans la conception de mobilier. Ses pièces uniques, destinées à des amateurs, comblent le sens aigu d’un élitisme éclairé, tout en étant logé dans un cadre de vie contemporain qui n’est pas chargé des affectations du passé.

Collection « Containers » (1987)

Le retour au bois, opéré avec la collection « Containers » qu’il dessine en 1987, est lié à une commande du Frac Limousin et à la filière bois.  

La démarche s’oppose ici à celle de la collection « Pi ». Alors que dans cette dernière, les meubles « tenaient tout seuls », ils ont cette fois « besoin d’un soutien », celui d’un mur et du sol. Cette collection marque la reconnaissance du « corps du meuble », et la relation avec l’espace architectural.

« Je ne suis surtout pas un spécialiste. Je mets le meuble en relation avec ce qui l’entoure, les gens, les évènements. Pour moi, il est prétexte à aborder tous les domaines » rappelle Martin Szekely.

Présenté pour la première fois en 1986 à la Grande Halle de la Villette, il obtint un succès fulgurant qui sera confirmé par le Salon de Milan en 1987 et celui de Cologne en 1988.

« Pour faire Salon » (1989)

Si la collection « Containers » est celle de l’écart, la collection suivante « Pour faire salon », que Martin Szekely dessine pour Néotù, est celle de la « mixture ».

Présentée en 1989, elle surprit les aficionados du designer qui ne reconnurent pas le minimalisme de Szekely.  Oui, cette collection s’oppose à la précédente, non seulement par la richesse du placage de péroba rose ou la volupté d’un velours pourpre, mais surtout par l’étrange univers formel qui s’y révélait.

Ce qui semble passer pour un embourgeoisement, une perte d’agressivité créative, est en fait l’avènement d’une maturité : Szekely cesse de jeter des défis aux grands créateurs du XXe siècle pour atteindre une indépendance réelle, une position originale.

Szekely, enfant d’immigrés hongrois ne semble pas avoir de limite. Il se réinvente à chaque création. Il souffle une fraîcheur dans le monde du design et de l’art contemporain. Ses collections des années 8o, très différentes et aussi originales les unes des autres le propulsent à la consécration et sur les sentiers des sciences du Design.

Exposition « Début » — Jusqu’au 27 février 2021

Galerie Mercier et Associés

3, rue Dupont de l’Eure, 75020 Paris
Jeudi, vendredi et samedi (14:00 – 19:00)
Sur rendez-vous : T. : 01 43 49 22 91
@ : mercieretassocies@gmail.com

En savoir plus :
“Martin Szekely Designer”, Christian Schlatter, Grand-Hornu, 1998.

“Les années Staudenmeyer : 25 ans de design en France”, Chloé Braunstein-Kriegel, Norma, 2009.
“Martin Szekely”, Christiane Germain, Intramuros, 1986.