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Philippe Starck : Strictement Capricorne !

Philippe Starck a brillé dans le ciel du design des années 80. Loin d’être une étoile filante, son œuvre est présente aujourd’hui dans de nombreuses expositions et musées. Il collectionne les trophées, en gardant dans la manière de s’analyser, une certaine humilité et une grande dose d’originalité.

Philippe Starck, designer de mobilier

Au début de sa carrière, en 1968, il fonde une première entreprise qui réalise des objets gonflables. Il devient connu du grand public comme designer au début des années 80. Au fil des ans, Philippe Starck s’est transformé en designer d’affaires, d’image, de communication et de marketing au rayonnement international.

En 1979, il fonde Starck Product, qu’il rebaptisera Ubik (comme ubiquité) en référence au roman de Philip K. Dick. C’est dans les années 80 qu’il concevait pour la société italienne Driade des meubles comme la table pliante “Tippy jackson” (1982) ou “Titos Apostos” (1985). En France, il créera des collections de meubles pour la vente par correspondance des 3 Suisses (1984).

Starck a su tirer parti de la dimension people dans les médias. C’est l’un des premiers à avoir intégré, dans le domaine du design, l’utilisation du pouvoir médiatique. Son activité de designer s’est largement accrue durant cette période et a été un tremplin à sa carrière.

Attiré par la production de série, il crée, dans le domaine du design industriel, pléthore d’objets les plus divers : objets ménagés pour Alessi, dont un célèbre presse citron “Juicy Salif” ; des brosses à dents pour Fluocaril aux éléments de salle de bains (pour Duravit, Hansgrohe, Hoesch, Axor) ; des pâtes alimentaires pour Panzani ou encore du mobilier urbain pour JCDecaux.

Il obtient, toujours en 1980, l’Oscar du luminaire avec la lampe “Easy Light”. Dès cette période, ses activités se partagent entre la création d’objets industrialisés, principalement des meubles, et l’architecture intérieure.

De la scénographie pour le CGP à l’architecture intérieure

Philippe Starck a mis en scène plusieurs expositions thématiques qui ont contribué à la renommée internationale de son œuvre. Comme, par exemple : « Design français 1960-1990, trois décennies » à Paris, avec la collaboration de Philippe Delis, au Centre Georges-Pompidou (1988). On lui doit aussi plusieurs clubs de nuit comme “Le chalet du Lac”, “La Main bleue” (1976), “Les bains douches” (1978) ou le “Starck-Club” (1984 à Dallas).

Tout au long des années 80, il déploiera son talent d’architecte d’intérieur. En 1984, il réalise pour le café Costes à Paris, l’un des plus célèbre aménagement d’intérieur, qui lui permet de nouvelles créations de meubles à succès, dont la fameuse la chaise Costes. Une chaise étroite et mince à 3 pieds dont “les 400 pieds en moins sont 400 occasions de moins, pour le garçon de café, de se foutre la gueule en l’air”, dira-t-il plus tard.

Sa renommée devient internationale grâce au succès du café Costes, qu’il remaniera plusieurs fois par la suite. (Le Café Costes est aujourd’hui disparu).

C’est en 1982, le président François Mitterrand, sur la recommandation de Jack Lang, ministre de la Culture, choisit Philippe Starck pour son projet pour la décoration des appartements privés du palais de l’Élysée. Il aménagera notamment la chambre de Danielle Mitterrand. Pour cette occasion, il dessine des meubles, dont le célèbre fauteuil-club “Richard III”. Un fauteuil qui lui permet de montrer comment, en analysant un parfait symbôle, on parvient à se débarrasser de la charge “petite-bourgeoisie” et à proposer une image de l’état post-moderne du monde.

Starck a également conçu la vasque et la flamme olympique des Jeux Olympiques d’hiver de 1992 à Albertville, ainsi que les panneaux “Histoire de Paris” (parfois appelé pelle ou sucette Starck) implantés en 1992, sous le dernier mandat municipal de Jacques Chirac.

Quand Philippe parle de Starck…

« J’ai quitté l’école en 4ème, je suis un homme des bois, je ne sais pas écrire, je ne connais pas mes tables de multiplication ni mon alphabet, j’ai un petit manque général de culture…». Malgré cela, c’est lui qui décide finalement de son avenir. Pas artiste du tout, il est « une éponge, un magma », dit-il aujourd’hui, capable de restituer avec précision une position morale dans le champ du design.

Encyclopédiste à sa manière, il s’approprie l’histoire du design et s’en sert quotidiennement, non comme un chercheur mais comme un acteur qui utilise les mimiques (gimmicks) qu’il croise sur son chemin pour nourrir l’humanité.

Starck se dit « producteur agitateur » et s’exprime au travers de la matière, insufflant une âme à ce qui l’entoure. “Subversif, éthique, écologique, politique, humoristique… C’est ainsi que je vois mon devoir de designer“.

Le design démocratique, le mot d’ordre d’un créateur populaire

Starck s’est principalement consacré à la création en série de produits de consommation courante avec son concept de “design démocratique”. L’objectif consiste à faire “baisser le coût, augmenter la qualité puis diffuser et donner le meilleur auprès du plus grand nombre”. A travers ce concept, Starck est apparu comme un pionnier dans une période où le design était destiné exclusivement à une élite. « Le populaire est élégant, le rare est vulgaire », dit-il.

Le designer cherchera à mettre en œuvre cette idée utopique en utilisant le canal de la vente par correspondance, avec les 3 Suisses, afin d’atteindre un large public.

Depuis plus de 30 ans, ce créateur, auteur de milliers de projets, s’est toujours placé en dehors des conventions. Avec son infatigable inventivité protéiforme, Starck s’engage au service d’une vision : “que la création, quelle que soit la forme qu’elle prenne, rende la vie meilleure pour le plus grand nombre”.

Starck, c’est un répertoire varié de design exceptionnel. On retient plusieurs modèles majestueux qui ont marqué la carrière d’un designer contemporain décidément à part entière :  les enceintes Zikmu et le casque ZIk de Parrot, les couteaux Laguiole dont le dernier « Log », la Freebox Révolution, les lunettes Starckeyes de Mikli, la luxueuse lampe “Marie Coquine” de Baccarat ou encore le disque dur Starck Desktop de LaCie.

Il a conquis un vaste marché et rendu son style familier. Il emploie fréquemment le ton de l’humour pour nommer ses créations (fauteuil « Ploof », tabouret « Dadada », chaise « Boom »). « Le plus bel exemple quotidien de la relativité, le plus beau symptôme de l’intelligence humaine, c’est l’humour. […] Un design sans humour n’est pas humain. Le mot «beau» ne veut rien dire. Seule la cohérence compte. Un objet, design ou pas, est avant tout un objet qui réunit tous les paramètres de l’intelligence humaine, qui réconcilie les contraires. Le manque d’humour est la définition de la vulgarité.» détaille-t-il.

Un créateur couronné de récompenses et de distinctions

En novembre 2016, lors d’une cérémonie officielle au Palace Hotel de Madrid, Philippe Starck a été honoré du titre de “Homme de l’année 2016” par le magazine GQ, dans la catégorie « designer contemporain le plus influent ». Cet award récompense son œuvre visionnaire d’aujourd’hui et celle de demain. Philippe Starck a été récompensé par de nombreux prix et “awards”, en France, aux États-Unis ou en Italie. Il a notamment été désigné « Créateur de l’Année », obtenu le Grand Prix du Design Industriel, l’Oscar du Design, Compasso d’Oro…

Ses rêves sont des solutions si essentielles qu’il a été le premier français à être invité aux conférences TED (Technology, Entertainment & Design) aux côtés de participants renommés tels que Bill Clinton ou Richard Branson.

Pour lui, le design n’est pas qu’une question de production d’objets quotidiens, mais aussi un acte de création qui intègre passions, désirs, motivations, questions et interrogations, perception globale de notre environnement et du monde.

Sources :

_ Raymond Guidot, Histoire du Design 1940-2000, Hazan, Paris, 2000.

_Chloé Braunstein-Kriegel, Les années Staudenmeyer : 25 ans de design en France, NORMA, Paris, 2009.

_ Catalogue d’exposition du Mobilier National, 1964 MOBILIER NATIONAL 2004 40 ANS DE CREATION, Réunion des Mureaux Nationaux, Paris, 2004

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