Jean-Pierre Laporte, Designer

Jean-Pierre Laporte a commencé son métier de designer chez Thonet aux côtés de Pierre Paulin, alors créateur pour la marque. Près de cinquante ans plus tard, le designer, qui a repris la création après une longue pause, nous raconte et revient sur les fondements de ses créations, à la fois ergonomiques et sculpturales.

Un travail redécouvert à travers une monographie et une rétrospective

C’est en 2010 que le travail de Jean-Pierre Laporte a été exposé au public pour la première fois lors d’une rétrospective à la galerie Edouard Edwards à Paris et de la présentation du fauteuil Esox à l’exposition “Mobi-Boom” aux Arts Décoratifs. Une médiatisation que le designer n’attendait pas, comme il nous le raconte : « un jour, un jeune homme passionné de design des années 60 est venu à mon bureau, après m’avoir écrit plusieurs fois sans recevoir de réponse, pour me proposer de faire un livre sur mon travail. C’est grâce à lui que l’on a pu faire le lire. C’est le hasard de la vie ». Ainsi est né « 65 | 75, Jean-Pierre Laporte, Dix ans de création », un livre écrit par Karoll Audibert, qui ouvre une fenêtre sur le travail singulier du designer et fait parler de lui, cinquante ans après ses premières créations. Trop moderne en 1965, c’est en 2010 que ses assises aux formes envoûtantes et sensuelles reviennent sur le devant de la scène.

Du bois au polyester : Libérer les formes !

Après des études à l’école Boulle et aux Art Décoratifs, Jean-Pierre Laporte rejoint Thonet en 1965. A une époque où le bois est maître, il « commence à travailler sur des séries de chaises, de fauteuils et de chauffeuses en bois car c’est la condition pour que Thonet fabrique et édite. Ils avaient un savoir-faire dans ce domaine ». Mais la rigidité de cette matière et l’influence de Paulin l’invitent rapidement à s’en éloigner. Il nous explique : « je me suis vite aperçu que le bois engendrait une certaine barrière et qu’il fallait travailler avec le polyester pour avoir une éclosion de formes diverses et rendre la créativité plus intéressante». « Avec ce matériau, on pouvait réaliser des formes libres, même si il implique des contraintes de démoulage ». C’est ainsi qu’est né le fauteuil Girolle en 1969, une assise aux lignes généreuses, « presque érotiques ».

Une vision en courbes et contre-courbes

« Le corps humain n’est pas fait de lignes droites ! Ce qui est important, c’est donc de s’adapter au corps et d’épouser sa sensibilité ». Cette idée, il la poursuivra tout au long de ses expérimentations en travaillant les « formes en courbes et contre-courbes et en les adaptant». « Tous les produits que j’ai dessinés sont moulés : j’ai mis pratiquement un an et demi et trois prototypes avant de sortir la forme définitive du Girolle », nous précise le designer. Un temps expérimental nécessaire, mais aussi un investissement pour Thonet, qui a soutenu avec conviction son travail « quand il a vu que les formes évoluaient dans le bon sens ». Viendra ensuite Esox, édité en 1970 par Burov, un fauteuil disposant d’une coque sinueuse en polyester moulé et revêtu de tissu Kvadrat aux coloris pop.

De 1965 à 2016, une ligne directrice : « L’art de faire s’asseoir les gens »

Je travaille aujourd’hui sur de nouveaux projets d’assises avec d’autres façons de voir les possibilités « En 1975, j’ai arrêté la création et j’ai repris depuis deux ans. Aujourd’hui, je suis en train de travailler sur de nouveaux modèles inspirés de petits prototypes de l’époque, tant pour des fauteuils que pour des chaises. Un prototype est en cours et sa mise au point va demander encore quelques mois. J’espère que cela sera une surprise pour tout le monde ! ».  Quand ? L’avenir nous le dira car, comme nous le confie Jean-Pierre Laporte : « j’ai plein de choses à faire, il faut que j’aille à la pêche ! »

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Jean-Pierre Laporte Creation
Jplc. 75005 Paris

Charles et Ray Eames : Genèse d’une coque révolutionnaire !

Les chaises de Charles & Ray Eames sont probablement les assises de design d’après-guerre les plus connues du public. Icônes des magazines de décoration, elles sont devenues représentatives d’un véritable engouement pour cette époque. Le travail et les modèles réalisés par Charles et Ray Eames constituent d’ailleurs souvent le point d’entrée d’une future passion. Revenons sur l’histoire de cette fameuse coque !

“Les détails ne sont pas des détails : c’est ce qui fait le produit.” CHARLES EAMES

Charles et Ray Eames ont considérablement influencé l’histoire du design du XXème siècle grâce à une vision révolutionnaire, tant dans les formes que dans les matières utilisées. Ils laissent derrière eux une empreinte forte sur les jeunes designers contemporains du monde entier.

1939 : le début des recherches

C’est en 1939 que Charles et Ray Eames participent à leur premier concours, lancé par Eliot Noyes, responsable du design pour le MoMA. Leur proposition mêlait le caoutchouc, le contreplaqué courbé et le métal. Ils gagnèrent le concours mais le projet ne vit jamais le jour sur le marché, notamment à cause de la guerre et de l’arrêt des recherches sur les matériaux innovants. Ce qui n’empêcha pas les Eames de poursuivre leurs recherches sur le contreplaqué, et de travailler sur des matériaux innovants pour l’armée américaine, notamment en concevant des atèles. Cette période marquera leurs travaux futurs, portés sur la  nouvelle technologie dans le but d’obtenir de la haute qualité à bas prix.

1948 : un concours qui présage du succès

C’est ainsi que, encore une fois grâce à l’élan D’Eliot Noyles,  ils travaillèrent à une proposition pour le « International competition for Low Cost Furniture Design » – le concours international pour la conception de meubles à bas coût – annoncé officiellement le 5 janvier 1948. Ce concours apparaît dans un contexte où les inquiétudes devant le fait que, bien que le gouvernement et les industries mondiales mettent l’accent sur le problème du logement abordable, une attention minimale est accordée à la «conception et la production de mobilier bon, bon marché et attractif».

Les designers étaient encouragés à utiliser de nouveaux matériaux, outils et méthodes de production en vue d’améliorer la production de mobilier de qualité, et bon marché, pour la maison moderne. Le point culminant de l’exercice se traduirait par une exposition prévue au Musée d’Art Moderne de New York en 1949, ainsi que la distribution des meubles primés dans les établissements de vente associés au Projet de Design du Musée.

Le 18 janvier 1949, Nelson A. Rockefeller (Président du Musée d’Art Moderne décerne des prix aux lauréats du Concours International des Meubles à Faible Coût, déclarant que les dessins représentaient «une réelle contribution à l’amélioration des niveaux de vie».

Charles et Ray Eames, en collaboration avec une équipe d’ingénieur de l’Université de Californie de Los Angeles (UCLA), avaient développé une série de chaises en acier estampées. L’estampage de métal (un procédé de façonnage du métal) étant dans l’opinion de Charles Eames “la technique synonyme de production de masse dans ce pays ” Ils gagnèrent le deuxième prix de la compétition dans la section « sièges » et recevront $2500.

Mais Charles et Ray Eames avaient également proposé « La Chaise », une méridienne librement inspirée d’une statue figurative du sculpteur Gaston Lachaise “Floating Figure” (1927). Cette chaise longue, présentée en acier (pas en fibre de verre), considérée comme trop « spécialisée dans l’utilisation » et trop coûteuse à fabriquer à l’époque, reçut toutefois une mention honorable. Les juges avaient appréciés sa construction “frappante, belle et inventive”.

1949 : naissance de la première chaise en plastique apparent… au monde !

Comme le destin le voulait, les coûts de production des chaises métalliques estampées se sont avérés être beaucoup plus élevés que prévu et le processus de production plus compliqué. C’est donc très vite que les Eames s’attachèrent à présenter une nouvelle chaise, développée avec Zenith Plastic –- pour faire baisser les coûts de production.

Alors que les plastiques et similaires n’avaient jamais été une option possible pour le mobilier, l’évolution de la technologie de la fibre de verre, largement entreprise par les militaires américains pendant la Seconde Guerre mondiale (et par Zénith qui avait travaillé pendant la guerre à des coupoles de protection de radars en fibre de verre), couplée aux progrès de la technologie de production des fabricants de meubles, ont orienté leur choix.

Lors de l’exposition de 1949, au MoMA, les Eames présentent donc aux côtés du mobilier en aluminium et métal du concours, le premier prototype de chaise en plastique apparent au monde, composée d’une double coque en résine. Ce modèle ne fût en revanche édité qu’à partir de 1990, par Vitra.

1950 : le lancement de la production industrielle

La mise en production d’une série de fauteuils en fibre de verre se fera cependant très rapidement, dès 1950. Herman Miller ayant signé en tant que producteur, Charles et Ray Eames ont commencé une coopération avec la Californie et Zenith Plastic, axée sur le développement de versions en fibre de verre des dessins en métal estampillé.

Après avoir rencontré Sol Fingerhut (un ancien chercheur des laboratoires de fibre de verre d’Owens Corning, qui avait déjà développé des ailes d’avion en fibre de verre pour l’US Air Force) et Irv Green (également d’Owens Corning), Charles s’est immédiatement lancé dans la discussion du projet. Ses préoccupations tournaient autour des problèmes possibles qui pourraient surgir dans la production de fibre de verre de sa chaise, à savoir, comment faire adhérer la base à la coque, et comment traiter le bord. Ces problèmes ont été résolus par l’ajout de « boutons » (Schockmount) collés à la coque qui permettaient de visser la base, ainsi que le traitement des arêtes de la coque à l’aide d’une « corde-de chanvre » (rope-edge). Plus tard, la « corde-de chanvre » sera abandonnée. Elle ajoutait une étape supplémentaire au processus de production qui augmentait le prix de la chaise.

Après quelques nuits blanches, ils arrivent enfin à une coque moulée qui comblent leur besoin et remplissent l’objectif initial : pouvoir fabriquer en grande série une chaise moulée compacte, à un prix accessible par l’américain moyen. La « Eames Plastic Chair » était née.

Le fauteuil « Plastic Armchair » et la chaise DSS (Dining Stacking Chair) seront alors édités par Herman Miller puis par Vitra, à des millions d’exemplaires dans différentes finitions de piètements. Le siège coque, fauteuil ou chaise, a ainsi trouvé son expression industrielle.

Biographie et notes

1. Walker Art Center (1950), Everyday Art Quarterly, No. 17 (Winter, 1950-1951)

2. Smithson, Peter  (1966) Just a few chairs and a house: an essay on the Eames-aesthetic. Architectural Design, September 1966

3. Holroyd, Geoffrey (1966) Chronological Table. Architectural Design, September 1966

4. $30,000 in grants and $20,000 in prizes in international competition for design of low-cost furniture. Announcement of terms and conditions. Museum of Modern Art New York Press Release, January 5th 1948. http://www.moma.org/pdfs/docs/press_archives/1237/releases/MOMA_1946-1948_0111_1948-01-05_48105-1.pdf?2010 Accessed 14.11.2013

5. John Neuhart, Marilyn Neuhart and Ray Eames (1989) Eames design: the work of the Office of Charles and Ray Eames. Ernst and Sohn, Berlin

6. Time (1950) Sympathetic Seat. Time, 7/10/1950, Vol. 56 Issue 2, p47

7. John Neuhart, Marilyn Neuhart and Ray Eames (1989)

8. McCoy, Esther (1975) Nelson, Eames, Girard, Propst: The Design Process at Herman Miller. Design Quarterly, No. 98/99

9. John Neuhart, Marilyn Neuhart and Ray Eames (1989)

10. McCoy, Esther (1975)

11. Petite Encyclopédie du Design , Enrico Morteo, Solar Editions

Modernariatio : Antiquités Design des années 60 et 70

Direction Galerie Modernariato dans le 18ème arrondissement à la rencontre de Béatrice Brengues, galeriste et experte en design italien.

Dans sa petite boutique, Modernariato, seul mot à signifier “antiquités design” parmi toutes les langues, pas de mobilier des années 50 mais un univers décalé, hommage au design des années 60 à 80 qui s’affranchit des codes.

L’œil se promène, s’arrête et s’interroge. Beaucoup de luminaires, des appliques, des suspensions ou des lampes de table remplissent le petit espace du sol au plafond. Retranscription d’un échange singulier autour du design et de la démarche du galeriste aujourd’hui.

Une passion : Le design italien des années 60 et 70

Ancien clerc de commissaire-priseur et responsable de département design à Drouot, Béatrice Brengues a décidé de se lancer seule en tant que galeriste il y a quatre ans, en donnant naissance à Modernariato.

Bien que l’espace soit restreint, le lieu est empreint d’une véritable personnalité, à l’image de celle de sa propriétaire, enjouée, colorée et profondément singulière. Pourquoi autant de luminaires ? Quand elle a ouvert, elle s’est promis « de toujours avoir des Eclisse et des petites lampes de références à 150€ qui soient des classiques du design ».

Sa sélection est donc naturellement « assez cadrée sur le design italien et français des années 60, 70 et, depuis deux ans, aussi des années 80, car il est prisé par une clientèle inspirante ». Ici, le plastique et les métaux aux lignes rondes et parfois exubérantes remplacent donc les formes sobres du design des années 50, en vogue dans les galeries parisiennes.

Béatrice nous le confirme et nous explique : « je ne fais pas d’années 50 ni de design scandinave car je n’ai pas une démarche de proposer des produits absolument à la mode ». Elle stocke d’ailleurs des pièces pour lesquelles « il n’y a pas encore de marché mais qu’elle achète parce qu’elles sont intéressantes ». Celles-ci sont « en attente du bon moment », à l’abri des regards. Un choix personnel guidé par une réelle expertise de l’histoire du design, mais également précurseur à l’heure où le plastique n’est pas encore un marché tendance et avec lequel il faut donc savoir jongler pour maintenir un nécessaire équilibre économique.

Un pari maîtrisé entre passion et équilibre économique

Sans remettre en cause sa passion, Béatrice Brengues nous explique avec franchise « la nécessité de dépasser l’intérêt culturel du métier pour trouver un équilibre économique, qui fait d’ailleurs pleinement partie de l’histoire du design de par son lien étroit avec l’industrie ».

Elle propose donc depuis le début ses pièces à la vente en ligne, sur son propre site internet. Une évidence puisque les gens qui s’intéressent à ce type de design, pointu et relativement méconnu du grand public, sont pour la plupart métropolitains et internationaux. Elle « vend ainsi essentiellement sur Internet » à des habitants de grandes capitales comme Paris, Londres ou Bruxelles.

Elle utilise aussi les Market Places pour répondre « à une demande urbaine d’objets vintage, mais pas forcément design », en chinant et proposant des objets qu’elle n’exposerait pas nécessairement dans sa galerie. Rue Montcalm, au contraire, elle préfère proposer des luminaires, pour grande partie italiens, en s’adressant à une clientèle curieuse de collectionneurs, souvent jeunes et créatifs, qu’elle accompagne dans leur démarche.

On y trouve alors pêle-mêle du Fabio Lenci, Enzo Mari, Ettore Sottsass mais aussi des pièces du japonais Isao Hosoe ou de l’autrichien Olaf Von Bohr : une vraie caverne d’Ali Baba pour les amateurs, sans oublier les professionnels, à qui elle propose des pièces à la location pour des shootings car « ce qui se loue n’est pas forcément ce qui s’achète ».

Des expositions thématiques à venir

L’activité de galeriste étant un terrain mouvant et évolutif, Béatrice nous explique que si elle fonctionne aujourd’hui davantage en « boutique », elle « aimerait à l’avenir s’établir davantage comme galerie et donner à voir son raisonnement intellectuel ».

Forte de ses études en histoire de l’art et de son expérience dans les musées comme en salle des ventes, « la démarche intellectuelle du galeriste est quelque chose qui lui plaît ». Une évolution qui semble toute naturelle et qu’elle a déjà amorcée dès 2013 avec une exposition thématique, accueillie par la galerie Briobox, sur les luminaires de Castiglioni, Scarpa et Magistretti.

La prochaine, dont le lieu n’est pas encore défini, installera Modernariato là où ne l’attend pas forcément : du côté des tabourets ! Roger Tallon, Achille Castiglioni ou George Nelson… Nous ne connaissons pas encore sa sélection mais ne doutons pas qu’elle sera à la fois pointue et loin des sentiers balisés du design « à la mode ».

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Modernariato Galerie Design
1 rue Montcalm
75018 Paris

Franck Tessier Design

Tombé dans la marmite de la brocante design il y a de cela 15 ans, grâce à un ami qui vendait aux puces de Vanves, Franck Tessier n’a eu cesse depuis de mettre en œuvre sa passion.
Passé de galeriste, par deux fois à Nantes, à vendeur aux marchands, une ligne directrice l’a pourtant suivi : celle du design des années 50 à 80 chiné avec un œil aguerri.

L’œil du passionné

Installé à Nantes, Franck Tessier nous ouvre ses portes. Une maison d’architecte des années 60, de grandes baies vitrées et un univers design animent l’endroit. Sur la cheminée contemporaine, des céramiques de Capron attirent l’œil. Une représentation assez fidèle de la façon dont l’homme chine ses objets : « on vend bien ce que l’on aime bien », explique-t-il. Il déballe ainsi souvent au Mans sa marchandise aux professionnels, faite de mobilier de design français des années 50 à 80.

Une époque qui anime le marchand

Loin de se restreindre à un designer, Franck Tessier offre à voir pêle-mêle, chez lui, une chaise de Guariche, un Bridge de Paulin ou une table basse italienne de Willy Rizzo. Et des céramiques, bien sûr, car il « aime beaucoup les céramiques des années 50 ».

Capron, Ruelland, Jolain, Chambost ; Franck Tessier nous confie en ce domaine son affection « aussi bien pour les pièces de forme que les tables basses ».

Une expérience au service de la sélection

De par sa situation géographique, Franck Tessier nous explique ainsi chiner sur la côté Atlantique car «on y trouve beaucoup de 50 français dans les villas et de 70 dans les appartements». Idéal pour proposer du design d’après-guerre. Et si le marchand nous confie s’affairer à donner à voir une période plus que défendre un designer, il attache cependant une attention particulière à sélectionner avec minutie les « objets des années 50, mais aussi de plus en plus des années 70 », en utilisant son « expérience lui permet de proposer des objets authentiques ».

Gavina ou la naissance d’un design Italien industriel à visée culturelle

Dino Gavina, homme subversif, à la fois entrepreneur et personnage du design italien, a marqué de ses multiples collaborations l’histoire du mobilier et du luminaire, conçue en référence au fonctionnalisme rationaliste, en y ajoutant le génie de la créativité.

Le Design Comme Phénomène Culturel.

Pour Gavina, il s’agit avant tout de produire en série des pièces conçues par des travailleurs esthétiques*. Il déclarera d’ailleurs en 1967 que « la production est le moyen de communication le plus efficace de notre temps, un moyen qui peut être utilisé comme véhicule de stupidité ou de civilisation ». Gravitant autour du mouvement Dada, un des enjeux de sa méthode est de regarder les objets du passé, de les sortir de leur contexte historique et parfois d’usage, toujours dans un pré-requis de production industrielle, en série. L’exemple le plus parlant est le tréteau « Cavaletto », sorti de son contexte d’atelier de menuisier, produit par Gavina sur les indications de Pier Giacomo Castiglioni et présenté par la suite dans le catalogue Metamobile.

Lucio Fontana : L’entremetteur Inspiré

On peut dire que tout commence – ou presque – en 1953, quand le grand Lucio Fontana, lors de la préparation de la dixième triennale de Milan, présente Dino Gavina à Carlo Mollino, Carlo De Carli et Pier Giacomo Castiglioni. Des rencontres qui feront l’histoire puisque sept ans plus tard, Gavina créé Gavina s.p.a. : Carlo Scarpa, figure emblématique du design italien, en devient le Président et c’est là que les frères Castiglioni vont dessiner le fauteuil Sanluca, un succès, Marco Zanuso la chaise Lambda et Tobia Scarpa, le fils, le lit Vanessa, toujours ré-édité chez Cassina au sein de la Simon Collezione.

En 1962, Gavina décide de créer la Flos, éditeur de luminaires, aux côtés Cesare Cassina, afin d’apporter la pièce qui manquait à l’édifice pour créer un ensemble complet de propositions d’objets domestiques. Elle éditera le lampadaire Arco des frères Castiglioni la même année. C’est un succès à l’époque et cela le reste cinquante ans plus tard.

La Production En Série : Clé De Voûte D’une Méthodologie Esthétique

D’un voyage à New-York en 1962 pour rencontrer Marcel Breuer, naît un autre moment phare de l’histoire de l’homme : la décision de produire en série ses prototypes datant de l’époque du Bauhaus (la table Laccio, le fauteuil Wassily ou encore la chaise Reclining). Gavina expliquera son obsession pour la production en série en déclarant : « J’ai toujours eu une grande confiance dans le potentiel culturel et esthétique implicite dans l’industrie ».

Car là est le cœur du sujet : ne pas s’adonner à la mode ou au style mais créer des objets usuels à valeur esthétique, comme « des provocations formelles et culturelles »*. « J’aime essayer de construire des objets capables de défier le sable et l’oubli du temps et des modes », Dino Gavina

La fin de Gavina s.p.a en 1968 (revendue déficitaire à Knoll) ne sonne pas la fin de l’aventure puisque la même année, la Simon International voit le jour autour de représentants du design : Maria Simoncini, Enzo Mari, Carlo et Tobia Scarpa et Kazuhide Takahama. Va alors s’appliquer une méthode d’industrialisation d’éléments à assembler, garantissant ainsi qualité et quantité, au travers des concepts modulaires et d’initiatives expérimentales comme l’Ultrarazionale, l’Ultramobile, le Metamobile ou le Paradisoterrestre.

On en retient par exemple la table Doge (Carlo Scarpa), la table Delfi (Travail collaboratif entre C.Scarpa et Marcel Breuer à partir d’un modèle de 1930 de Breuer) ou Bramante (Kahuzide Takahama), meuble qui met en exergue les qualités du laquage.

* Virgilio Vercelloni, L’aventure du design : Gavina, Jaca Book.

Cees Braakman : emblème du design Hollandais d’après-guerre

Né à Utrecht, aux Pays Bas, Cees Braakman a mené sa carrière de designer en intégrant très jeune l’entreprise de meubles Pastoe, dans laquelle son père est dessinateur, et en prendra la tête en 1948.

La vision sociale du Design dans les Pays-Bas d’après-guerre.

Après 1945, vient le temps où les entreprises doivent reconstruire leurs installations. Elles profitent de cette période pour restructurer leurs processus et leurs méthodes de fabrication. Après avoir réussi à rassembler suffisamment de machines, Pastoe peut relancer la production de mobilier. En qualité de directeur et de chef de projet, de 1945 à 1978, Cees Braakman développera plusieurs lignes de mobilier et accrochera une identité nouvelle au catalogue de produits.

Dans le même temps, les Pays-Bas sont eux aussi plongés dans une approche de reconstruction, misant sur une architecture moderniste et sociale à grande échelle. Braakman s’inscrit donc pleinement dans la mouvance de l’époque en dessinant des meubles adaptés aux petits espaces et développe des pièces de mobilier fonctionnelles tout autant qu’esthétiques.

Une inspiration venue des Etats-Unis

En 1947, Braakman est envoyé aux États-Unis pour étudier les méthodes de conception et les procédés de fabrication. Et c’est en visitant Herman Miller qu’il tombe sous le charme des travaux du couple Eames. De retour en Hollande et devenu directeur de Pastoe, il introduit alors la technique du cintrage de contreplaqué (avec, par exemple, la série SB à partir de 1950) et de nouvelles lignes de meubles modernes en bois, matériau qu’il ne cessera d’utiliser sous différentes formes (massif, contreplaqué, chêne, palissandre…) quand d’autres comme Friso Kramer se spécialiseront dans le travail du métal plié.

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Credit photo : Kameleon-Design

Le « Good Living Foundation »

Au cours des années 1950, les meubles de Cees Braakman sont soutenus par le « Stichting Goed Wonen » (Good Living Foundation), une association qui rassemble fabricants, designers, consommateurs et distributeurs afin de promouvoir les lignes et les produits issus d’une esthétique partagée.

L’association publie une revue dans laquelle le mobilier Pastoe sera, à plusieurs reprises, mis en avant pour les qualités modernes, élégantes et extrêmement fonctionnelles de son design. On pouvait y lire comment la conception du mobilier comme l’intérieur d’un tiroir, réalisé d’une seule pièce de contreplaqué moulé, permettait un nettoyage facile. Ce soutient pragmatique a aidé l’entreprise à retrouver sa clientèle et à se créer une réputation d’avant-gardiste.

Conceptions Modulaires

À partir de 1955, Braakman consacrera une grande partie de son travail à la recherche et la conception d’armoires modulaires. Son approche était que l’utilisateur devait pouvoir choisir, parmi une variété de bois et de modules différents, une combinaison lui permettant de créer un “système sur mesure”.

C’est en s’intéressant à cet aspect modulaire du mobilier qu’il recevra le prix de la triennale de Milan en 1957 pour ses armoires “Made-to-measure”, proposées au salon dans une version en teck.

Les pièces iconiques exposées au Stedelijk Museum d’Amsterdam

L’homme est aujourd’hui considéré comme un des plus grands designers néerlandais et certains de ses travaux sont exposés à Amsterdam, au célèbre Stedelijk Museum. Les chaises en métal grillagé, SM15 et FM15, traduisent ainsi son admiration pour les Eames quand sa desserte Mobilo, créée en 1953, revendique un travail de la matière et de la forme précis. Pastoe poursuit aujourd’hui ses activités, marquée par l’approche modulable et combinatoire qu’avait su imposer le designer il y a près de soixante-dix ans.

Matthias Jousse : Galeriste à l’âme de collectionneur

Cette année, à la FIAC, le design était de retour. Et la Galerie Jousse Entreprise faisait partie des cinq stands à présenter du mobilier d’architecte, avec notamment un fauteuil deux places Kangourou de Jean Prouvé, une pièce unique. L’occasion pour Undesignable d’en savoir plus sur Matthias Jousse, à qui l’on devait la présentation des œuvres de Roger Tallon à l’entrée de la FIAC Design.

Du cinéma au design

Si Matthias Jousse est « né dans les chaises Prouvé », sa carrière de galeriste n’était pas une évidence. C’est d’abord le cinéma qui a touché l’homme de 44 ans, puisqu’il est devenu assistant metteur en scène aux côtés d’Oscar Sisto durant plusieurs années. Mais déjà à cette époque, il aimait beaucoup les années 70. Il nous raconte : « je chinais par plaisir, à des prix accessibles car peu de gens s’y intéressaient. C’était il y a 22 ans ».

Un oeil pour les années 70

Sans le vouloir, d’un plaisir est née une passion et l’homme n’a eu d’autre choix que de plonger dans le monde de l’antiquité design. « Je suis devenu passionné », nous confie Matthias Jousse. Alors il a « pris un stand pendant sept ans au marché Paul Bert avec Nicolas Denis, aujourd’hui chez Piasa ». Il représentait les travaux des designers français des années 60 et 70, à l’image de Roger Tallon, bien sûr, ou de Raymond Loewy mais aussi du danois Verner Panton. Aujourd’hui prisé, le galeriste nous précise que ce type de mobilier « était difficile à vendre à l’époque, car il n’y avait pas de marché ».

2002 : La Galerie Jousse Entreprise s’agrandit

En rejoignant la galerie Jousse en 2002, aux côtés de son père, Matthias Jousse a accepté de se donner plus de moyens pour développer les années 70 mais ne s’est jamais enfermé dans une époque : il a ainsi présenté une table de Marc Newson l’an dernier à Bâle, la « Event Horizon Chop Top », qui avait été éditée par Kreo en 1992 et en 2006. Et il s’intéresse de près aux travaux d’Antoine Philippon et de Jacqueline Lecoq, datés des années 1950 et 1960, pour « leur très grande qualité » et « l’économie de moyens dont ils font preuve, au même titre que Prouvé ».

Une démarche de collectionneur

Un éclectisme qui s’explique facilement par sa démarche avant tout guidée par le cœur : « j’achète comme si j’étais collectionneur », nous confie l’homme. Pour ensuite préciser ce choix : « c’est plus agréable car si on ne vend pas une pièce assez vite et qu’elle reste en stock, on a le plaisir de l’admirer tous les jours ». D’ailleurs, pour soutenir le propos, Matthias Jousse nous confie se fournir aussi en galeries, comme récemment avec une pièce des Bouroullec acquise auprès de la galerie Kreo.

De l’édition de design contemporain à la galerie Jousse

Si la galerie Jousse est reconnue pour sa double expertise du duo père-fils dans l’antiquité design, elle s’engage aussi dans l’édition contemporaine de petites séries, avec notamment la table DOTS, réalisée en ductal, un béton fibré, et dessinée par le duo d’architectes EC/DM cette année.

Présentée en juin à Design Miami / Basel, elle vient compléter une histoire de mobiliers portée par la galerie, comme pour marquer une envie insatiable d’élargir les possibilités. Ce qui n’est évidemment pas pour déplaire à cet amoureux du design sous toutes ses formes !

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Galerie Jousse Entreprise
18, rue de Seine
75006 Paris

Damien Tison : Le pari de la proximité

Rue du Cherche-Midi, la galerie Damien Tison fait le pari de la proximité en proposant à une clientèle fidèle du mobilier et des luminaires du XXème siècle.

Ici, le design français et italien se côtoient dans une mise en scène à l’image d’un appartement de collectionneur. Rencontre avec son propriétaire, jeune galeriste passionné.

Loin de l’esprit des puces comme de celui des grandes galeries de la rue de Seine, Damien Tison s’est forgé une identité singulière en présentant ses pièces comme on le ferait dans une maison. « C’est un petit lieu mais je le veux très vivant », nous explique Damien Tison, qui s’attache ainsi « à fixer des prix un peu moins cher que ceux du marché pour que ce soit renouvelé tous les 10-15 jours ».

Ici, on trouve « beaucoup de luminaires et de petit mobilier du XXème siècle, des années 50 jusqu’aux années 70 : du Guariche, du Lunel mais aussi des éditeurs italiens comme Stilnovo ou Arteluce » et le galeriste, qui ne défend pas un artiste en particulier, ne s’empêche pas « de les mélanger parfois avec des objets plus classiques ». L’homme se « différencie car c’est une boutique de quartier, et à Paris il n’y en n’a plus beaucoup. Certains fonctionnent avec des gros dépôts ou avec des sites internet mais je préfère quant à moi garder cette proximité avec les gens qui viennent me voir », nous explique-t-il. Un choix assumé pour ce professionnel qui « travaille avec son œil », exercé depuis son enfance aux côtés de son père brocanteur en Province puis lors de ses études, spécialisées dans le marché de l’art.

Ce qu’il préfère dans son métier ?

« Discuter d’un objet, échanger avec les clients qui sont demandeurs d’informations concernant les détails de fabrication, la provenance de la pièce ou encore l’intérêt du dessin ».

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Galerie Damien Tison
75 rue du Cherche Midi
75006 Paris

Isabelle Keit, Une passionnée cachée derrière Art Élysées – Art & Design

En octobre, la foire d’art moderne, contemporain et de design, Art Élysées – Art & Design, fêtera ses dix ans. L’occasion de revenir sur l’histoire de sa création et de comprendre le succès de ce salon, qui se déroule pourtant au même moment que la FIAC (et à deux pas de celle-ci!).

Undesignable a rencontré Isabelle Keit-Parinaud, à la tête d’Orexpo, qui organise chaque année la foire d’art et de mobilier design Art Élysées – Art & Design.  En octobre, la foire fêtera ses dix ans, l’occasion de revenir sur un parcours atypique et de comprendre le succès de ce salon qui se déroule au même moment et à deux du Grand Palais. Achille a rencontré en exclusivité Isabelle Keit-Parinaud, à la tête d’Orexpo, qui organise l’événement.  Elle nous reçoit chez elle, dans un appartement haussmannien où art et design habitent véritablement l’espace. Pour elle, fille d’artiste-peintre et épouse de Blaise Parinaud, galeriste, l’art fait partie intégrante de sa vie. Elle revient pour nous sur l’histoire Art Élysées – Art & Design, cette foire de 6000 m² qui a lieu chaque année sur la plus belle avenue du monde.

Art Élysées–Art & Design : Un succès constant

La première édition d’Art Élysées – Art & Design, baptisée au départ « Les Élysées de l’Art » a eu lieu en 2007. Le pari n’était pas gagné d’avance : réunir des galeries d’art moderne et contemporain en même temps que la FIAC. Isabelle Keit-Parinaud, directrice d’Orexpo, qui organise chaque année la foire Art Élysées – Art & Design, explique que tout a commencé par l’initiative du fondateur et organisateur de salons, Joel Garcia, de Jean-Marc de Chauvigny, ancien directeur de la Fiac et du galeriste, Baudoin Lebon, ancien exposant puis compté parmi les refusés de la FIAC.

L’idée s’est alors naturellement mise en place : pourquoi ne pas proposer une foire complémentaire à la FIAC, et “non pas une alternative”, qui permette de faire la promotion de galeries principalement françaises. Pari tenu puisque depuis, Art Élysées – Art & Design s’est construit une réputation, passant peu à peu des « exclus de la FIAC » à une foire « garantissant des valeurs sûres et historiques », d’abord en art moderne et contemporain classique puis, depuis l’an dernier grâce au salon 8e Avenue, dans le domaine de la jeune scène d’art contemporain et urbain.

Une vision de l’art : Ne pas être à la Mode pour viser juste

Peut-être que le succès, constant et régulier, de cette foire tient en une phrase: « On ne veut surtout pas être à la mode car nous trouvons que c’est ce qu’il y a de plus dangereux ». Avec son positionnement centré sur l’art moderne et contemporain classique, la presse a eu tendance à qualifier ce salon de « sage ». Isabelle Keit-Parinaud nous fait comprendre qu’il ne s’agit pas d’être sage, au contraire, mais « de ne pas tomber dans le sensationnel ». Ce qu’il l’intéresse, c’est « de proposer un parcours clair présentant des valeurs sûres pour tous les collectionneurs ». Bien évidemment, ce n’est pas incompatible avec le fait d’être novateurs. Comme le rappelle sa directrice générale, Art Élysées – Art & Design ont été les premiers à revaloriser l’abstraction géométrique, dont elle est personnellement grande amatrice, en présentant notamment la cabine de chromo-saturation de Carlos Cruz-Diez.

8e avenue: Un pari sur le contemporain et l’art Urbain

L’arrivée du salon de 8e Avenue l’an dernier a suscité un véritable engouement du public de collectionneurs et amateurs. Les organisateurs d’Art Élysées – Art & Design proposent à travers 8e Avenue une nouvelle section plus ouverte à l’art contemporain actuel, dont l’art Urbain.

Pour cette seconde édition, 8e Avenue constitue un quatrième pavillon et crée une forte synergie proposant aux visiteurs des deux événements un large panorama de l’art du XXème et du XXIème.

Art Élysées – Art & Design, la section Design en 2016 s’ouvre au contemporain

Si Isabelle Keit réserve beaucoup de surprises pour l’édition 2016, nous pouvons déjà dire qu’un virage vers le design contemporain voit le jour alors que depuis sa création en 2009, la section Design d’Art Élysées est reconnue pour ses propositions tournées vers le design du XXème. « Nous nous sommes rendu compte qu’il serait intéressant d’ouvrir la section design au contemporain afin de créer une passerelle avec l’art contemporain ». Et si l’an passé, seul l’artiste Yves de la Tour d’Auvergne était présenté avec ses créations du XXIème, la majorité des stands sera cette année constituée de galeries et de maisons d’éditions qui défendront de jeunes designers de la nouvelle scène.

Un projet encore tenu secret prévoit une mise en scène innovante, avec pour objectif de montrer que, peu importe l’époque, « le beau se mélange ».  Enfin, de belles collaborations se préparent pour une édition d’Art Élysées – Art & Design 2016 qui promet encore une fois un grand succès.

En savoir plus ?

Art Élysées – Art & Design
Pavillons, avenue des Champs-Élysées
75008 Paris

Pierre Paulin : Trois Expositions pour plonger dans les origines de son Œuvre

Pierre Paulin (1927-2009), designer français rationaliste et visionnaire, est triplement mis à l’honneur cette année avec une exposition ciblant la période 1952-1959 à la galerie Pascal Cuisinier, une grande rétrospective très attendue au Centre Pompidou et un focus sur les pièces conçues pour des Salons de l’Élysée à la Galerie Jousse Entreprise.

Celui qui fût le stagiaire de Marcel Gascoin, aux côtés de ses camarades Guariche et Mortier, débute sa carrière en 1953, lorsque Thonet repère son travail au salon des arts ménagers. Il créera ainsi des pièces comme le bureau CM141, au plateau fait de stratifié, « un matériau absolument avant-gardiste à cette époque » et disposant d’une structure en « fer plein, qui apporte une belle qualité, très lourde avec un côté cossu, typique de Thonet » nous explique Pascal Cuisinier.

Mais Paulin, c’est aussi l’utilisation du tissu élastique, comme le jersey, pour recouvrir son mobilier : une technique empreinte de modernité qui fera le succès de ses créations pour Artifort, éditeur avec lequel le designer dira d’ailleurs n’avoir « jamais parlé d’esthétique, qui n’est qu’une conséquence de la prise en charge technique », comme le rapporte Patrick Favardin*.

De cette technique naîtront donc le fauteuil Mushroom, la chauffeuse Tongue ou bien encore l’iconique Ribbon Chair. Des pièces emblématiques, largement connues du grand public, que la grande rétrospective de cette année présentera aux côtés d’objets beaucoup plus rares.

On pourra notamment admirer la « Coupe aux nénuphars » (1955), dont seuls deux ou trois exemplaires sont connus à ce jour, et des projets inédits comme le Tapis-Siège (1980) ou le siège Déclive (1968), tous deux auto-édités.

Rue de Seine, on découvre un des premiers meubles de Paulin : le Vaisselier Bar VB1, en chêne et linoléum, des Éditions Ets Quin, qui date de 1952. On y trouve également la rare et sublime banquette 119 (1954) avec pieds métalliques, aux côtés d’un étonnant chandelier 129, édité par Disderot en 1959.

L’exposition à la Galerie Jousse Entreprise montrera le mobilier imaginé par Pierre Paulin pour l’Élysée à partir de 1969. Des appliques et lampadaires grand modèle édités par Verre et Lumière, ou encore un canapé « Coussins » de manufacture Mangau – Alpha International (Mobilier National).

Enfin, une reconstitution inédite du salon de Pierre Paulin dans sa villa des Cévennes, La Calmette, accueillera les visiteurs au centre Pompidou.

En Savoir Plus ?

Pierre Paulin (1952 – 1959) à la Galerie Pascal Cuisinier :
du 15 avril au 28 mai 2016
+ d’infos

Pierre Paulin au Centre Pompidou :
du 11 mai au 22 août 2016
+ d’infos

« Pierre Paulin, Elysée Palace » à la Galerie Jousse Entreprise :
du 13 mai au Samedi 11 juin 2016
+ d’infos

Notes
* Patrick Favardin, les décorateurs des années 50, éditions Norma.

En Savoir Plus ?

Centre Pompidou
Place Georges Pompidou
75004 Paris