Memphis, le design libre

Ultra coloré, déstructuré, insolite et joyeux, le mouvement Memphis, inspiré par Ettore Sottsass au début des années 80, marque la fin d’un design fonctionnel pour s’ouvrir à une créativité radicale et hors-norme.

Memphis émerge en Italie en 1981 : graphiques, ludiques, explosives, les formes et les couleurs des meubles et des objets issus de la tendance échappent à tout conformisme et défraient la chronique. La fonctionnalité s’efface pour laisser la place à un chaos apparent. La bibliothèque Carlon d’Ettore Sottsass, composée comme une sculpture vaudou, le cabinet d’Antibes de Georges Sowden, monté sur des pieds gigantesques ou encore les fauteuils géométriques de Peter Shire laisseront pourtant une empreinte indélébile et s’arrachent aujourd’hui à prix d’or.

Sottsass et sa vision du Monde

A l’origine de ces lignes subversives : Ettore Sottsass. Né en Autriche mais installé à Milan, l’architecte et designer s’interroge au fil de ses voyages et de ses collaborations, dont celle avec Olivetti, sur les champs de la création et sur le conditionnement de l’homme à l’objet, un rapport qu’il conteste.

A 64 ans, il fonde ainsi le mouvement Memphis, dont le nom est une évocation de la chanson de Bob Dylan « Stuck inside of Mobile with the Memphis Blues again ». Il s’entoure de jeunes designers tels que Matteo Thun, Aldo Cibic, Barbara Radice ou encore Nathalie du Pasquier qui déclinent les couleurs primaires et les lignes déstructurées pour la réalisation de mobiliers, de luminaires, d’aménagements domestiques et d’objets de décoration. Sottsass affirme que «le design est une façon de débattre de la vie », un débat qui prend la forme d’une rébellion contre le fonctionnalisme forcené qui a marqué le début du XXème siècle.

Dans les jalons de l’Anti-design, qui s’attache à dénoncer depuis 1950 les perversions de la société de consommation, Memphis s’impose comme le Nouveau design italien, dont va s’inspirer, pendant plusieurs années, les médias, la publicité ou la bande dessinée.

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Une collection de pièces uniques

Contre la production de masse, le mobilier Memphis s’édite en série limitée, mais ne convainc qu’une élite, seule à disposer des moyens pour y accéder. Durant les premières années des eighties, les créations surprennent, dérangent, amusent. « L’aventure ne s’est pas terminée pour des raisons particulières. Après cinq à six ans révolutionnaires, il était clair à tous que le moment était venu de s’arrêter, car tout ce qui devait être exprimé avait déjà été dit. Comme le disait Sottsaas, la révolution, on ne peut la faire qu’une seule fois… », explique Alberto Bianchi Albrici, directeur de la société Memphis à Milan.

Aujourd’hui, les meubles sont toujours édités de façon confidentielle en Italie. « Nous avons une clientèle très transversale, il n’existe pas un type particulier de client. Je crois que le trait d’union entre eux, c’est la sensibilité » affirme Monsieur Albrici.

En Savoir Plus ?
Memphis Milano
Largo Treves 5
20121 Milano

Le design Scandinave, une esthétique et un style fonctionnel

Les lignes pures et les grandes signatures du design scandinave ont traversé le temps et les frontières. Ce design venu du nord de l’Europe a toujours défendu que le beau et le naturel ennoblit l’homme.

Épuré et fonctionnel, le design scandinave puise ses fondements dans les idéaux fonctionnalistes et les utopies sociales qui ont éclos à la fin du XIXème siècle, comme cela fut le cas en Suède à l’occasion de la création de la Société suédoise des arts et du design en 1845.

Toutefois, le véritable essor de ce style aux formes simplifiées s’effectue dans les années 30. Les matières naturelles sont mises à l’honneur et le travail des designers se concentre dans la fabrication d’objets et de meubles destinés à améliorer le quotidien. La réflexion sur les formes, les dimensions idéales et la façon dont les meubles doivent s’intégrer dans l’habitat sont ainsi prioritaires.

L’âge d’or des 50’S

Ce mouvement à vocation populaire est commun à tous les pays du Nord de l’Europe. En Finlande, le designer et céramiste Kurt Ekholm soutient que grâce à leur beauté, leur simplicité et leur fonctionnalité, les ustensiles du quotidien doivent améliorer la qualité de vie. Dans la revue Kritish Revy, le créateur danois Poul Henningsen, lassé par le modèle néoclassique et l’approche moderniste du Bauhaus, insiste sur la nécessité de concevoir des objets quotidiens à la fois rigoureux et conviviaux.

Après la guerre, les Danois se lancent ainsi dans la fabrication en série de meubles et d’objets destinés aux petits budgets et aux surfaces réduites des appartements des classes moyennes. Le « bon design » va rapidement se convertir en « bon goût ».

En Suède, Ericson, Electrolux ou Gustavsberg, s’appuient sur la technologie pour lancer sur le marché des produits de plus en plus ergonomiques et performants. Dans le même temps, Arne Jacobsen, Hans J Wegner, Poul Cadovius et d’autres grands designers émergent de toute la Scandinavie.

Les années 50 incarnent un véritable « âge d’or » pour le design scandinave ; son esthétisme remporte un succès populaire et se propage bien au-delà de la Scandinavie. Les designers explorent le teck puis les propriétés du contreplaqué moulé : le siège Myren -Série 7- de Arne Jacobsen, produit et lancé par Fritz Hansen, va d’ailleurs devenir l’un des meubles les plus vendus au monde et l’emblème du modernisme danois.

Les années 60 sont marquées par l’arrivée de matériaux synthétiques telle que la fibre de verre ou la mousse de latex : la chaise S en plastique de Verner Panton ou la Ball en plexiglas d’ Eero Aarnio font des cartons !

Un design écolo

En contre-pied du culte des produits signés, la société suédoise Innovator design, fondée en 1969 par les designers Johan Huldt et Jan Dranger, distribue ses meubles de façon anonyme. Il s’agit d’objets en tube de métal et en toile très colorés et peu coûteux, qui remportent un vif succès, comme le siège Stuns.

Avant-gardistes, les deux designers avaient dessiné en 1964 des sièges de mobilier composés de très peu de matériaux. Une démonstration de philosophie, voire de politique environnementale en réponse aux débats et aux inquiétudes naissantes des jeunes Scandinaves au sujet de l’écologie, du traitement des déchets et de l’augmentation de la population. Largement copiés, sans discrimination et parfois injustement, leur succès représente, encore aujourd’hui, toute la difficulté des designers à concilier les problématiques environnementales et de productions industrielles.

Fidèle à sa mission de design pour tous, les bases internationalistes du design scandinave est jetée. Ikea démocratise le design blond aux lignes épurées à travers toute l’Europe et contribue à mettre à la portée de tous des objets beaux et bien conçus. Aujourd’hui, le design scandinave sans cesse revisité fait l’objet, dans les pays du Nord, de nombreuses formations, comme celle de l’école Konstfack, fondée en Suède en 1844, qui propose un enseignement jusqu’au master.

La tendance contemporaine est au développement durable. Les meubles et les accessoires de décoration sont fermement orientés par une philosophie éthique. En réponse aux diminutions des ressources naturelles, ce concept s’inscrit dans la continuité humaniste à laquelle le design scandinave s’est toujours identifié.

Documents & Remerciements

– “Design scandinave” par Charlotte et Peter Fiell (Taschen, 2015)
– “Modern Scandinavian Furniture” par Ulf Hard af Seierstad (Gyldendal, Oslo, 1963)
– Merci à Gunilla Norén, responsable communication chargée de mission design à l’Institut Suédois (Paris)

Le plastique libère l’imagination des Designers des 70’S

Omniprésent dans les années 70, le plastique incarne les années pop, les teintes acides et une grande liberté de création, qui a véritablement marqué le design.

Après les travaux de reconstruction engagés après-guerre destinés à redresser l’économie de l’Europe, la seconde moitié du XXème siècle s’illustre par le développement des sciences et de la technologie. C’est l’époque de croissance des Trente Glorieuses : l’homme parvient à domestiquer le pétrole avant le premier choc pétrolier, les femmes se mettent au travail, les mœurs se libèrent et les actions contestataires éclatent.

Un matériau qui s’impose

Couleur, liberté et innovation sont amenées par les années 70. La société toute entière est portée par un élan optimiste qui se traduit par un besoin de changement dans tous les secteurs d’activité. Bien que controversée, l’ère de la consommation sans limite et de la société de loisirs se développe. De son côté, la technologie conduit à l’émergence d’une nouvelle esthétique. « Le plastique, développé depuis la fin du XIXeme entre dans les années 70 dans une phase de déploiement industriel. C’est une époque de transition où ce matériau s’impose sur tous les fronts, apprivoisant autant les designers par leurs potentialités que le consommateur final », remarque Richard Thommeret chimiste, professeur d’université et auteur de Plastiques et design aux editions Eyrolles (2013).

Après la Bakélite et le formica, le PVC et le Plexiglas pénètrent les intérieurs et se répandent dans toutes les pièces de la maison. « Le plastique est présent partout, confirme le critique d’art Pierre Restany et auteur de Le plastique dans l’Art (André Sauret/1973)… Il est plus flexible que le verre et tout aussi transparent, plus souple que la laine et tout aussi moelleux que le coton ».

Une empreinte indélébile

Léger, rigide, brillant et transparent, le plastique fascine les designers. Ses propriétés leurs offrent une créativité sans limite et il séduit autant par ses faibles coûts de production que par ses capacités à faciliter la vie quotidienne. On utilise les polymères thermoplastiques tels que le Plexiglas (PMMA) ou le PVC pour conjuguer la transparence avec la résistance nécessaire à la fabrication des éclairages, comme l’illustre la lampe cylindre et boule de Ugo La Pietra (1968 /1969). Les sièges sont conçus à partir de mousses de polyuréthane souples et résilientes. Une composition que l’on retrouve dans la chaise longue de Joe Colombo (1969) ou le fauteuil Libro édité par Busnelli (1970). Le PVC devient le complice de sculptures gonflables très séductrices : les fauteuils ronds de Quasar ou le fauteuil Blow up de K Gôhling (1969), composé de cinq boudins gris opaque, qui donnent l’illusion d’une forme pleine…

Un siège culte

Les performances mécaniques des matériaux composites apparus dans les années 60 stimulent les créateurs de mobilier. La chaise Cantilever, du designer danois Verner Panton et éditée par Vitra (1960), est d’ailleurs le premier siège a avoir été injecté en un seul bloc. Passionné par le principe du porte à faux, Panton démarre ses investigations à partir du bois, puis aboutie, en 1958, à un premier prototype d’un seul tenant en matériau de synthèse. Trop cassant pour la flexibilité exigée par la chaise, il est alors remplacé par une mousse de polyuréthane rigide et très résistante aux rayures. C’est sous cette forme qu’est éditée, en 1967, la première version de la Cantilever, appelé aussi Panton Chair.

En 1970, Vitra lui donne une nouvelle vie dans un thermoplastique moulé par injection et coloré dans la masse beaucoup moins onéreux. Ses bords deviennent alors plus épais et son assisse est renforcée par des nervures. Empilable, ergonomique et très colorée, la Cantilever connaît ainsi un immense succès et devient une véritable icône du design. En 1983, elle est à nouveau éditée en polyuréthane, ce qui lui permet de se débarrasser de ses nervures et de retrouver sa fluidité. Un esthétisme qu’elle va conserver jusqu’à sa version moderne, en polypropylène injecté et recyclable, utilisé pour sa fabrication depuis 15 ans.

Aujourd’hui, malgré le retour très marqué des matériaux « nobles, » et plus écologiques, le plastique demeure toujours très présent et se retrouve dans de nombreuses pièces de design. La chaise La Marie, crée par Philippe Stark en 1999, réalisée en PC (polycarbonate) ultra résistant au choc, est devenue, elle aussi, en seulement 15 ans, un véritable objet culte.

Modest Furnitures : Le duo spécialisé dans le scandinave

Vincent Lemson et Arne Jennard, un duo de marchands passionnés, ont posé leurs valises ainsi que leur collection de pièces de design suédois et scandinave des années 50, 60 et 70 à Antwerp, en Belgique. Retour sur leur galerie qui mêle habilement rééditions et pièces d’époque.

Une ligne : Un design positif de qualité

Les deux fondateurs de la galerie prônent un design positif, à la fois modeste et qualitatif. Installée dans un immeuble de 1956 réalisé par Léon Steynen, architecte fonctionnaliste également directeur de l’école d’architecture de la ville, la galerie aime à composer entre œuvres signées des plus grands comme Hans J. Wegner, Arne Jacobsen ou Verner Panton et pièces anonymes aux lignes travaillées.

Des antiquaires inspirés et éclectiques

Loin de se contenter d’acheter puis de revendre, les deux hommes s’affairent à proposer du design de haute qualité, en restaurant les pièces originales, en intéressant l’œil de leurs clients avec des noms moins connus et en proposant des pièces neuves rééditées. On trouvera ainsi une version neuve du Relaxer de Panton, au tissu gris clair, qui s’affichera aux côtés d’un authentique canapé GE-233 du début des années 1950 et d’un étonnant lampadaire en métal à abat-jour suspendu datant de la même époque. Une galerie qui ne manque pas d’audace !

Modest furniture
Mechelsesteenweg 255
2018 Antverpen

Victor Gastou, Antiquaire dans la peau

Héritier de l’inclinaison de son père pour les antiquités, Victor Gastou présente dans leur galerie une sélection de pièces chinées avec beaucoup de soin. Une histoire de famille et de transmission.

Plongé dés l’enfance dans le monde de l’art et des antiquités, Victor Gastou évoque sa maison familiale avec beaucoup d’émotion. « Les meubles changeaient tout le temps, et nous avions toujours le nez dedans. Avec ma sœur, Nous tournions et retournions les objets pour aider mon père à trouver des signatures. Être entouré de belles choses marque l’empreinte de l’œil » affirme-t-il.

Mais après son bac, Victor s’invente un autre parcours et se lance dans des études de droit, avant d’enchaîner école de commerce et grandes entreprises. Rapidement toutefois, le manque se fait sentir et il retourne travailler dans la galerie paternelle par le biais d’un stage. « Découvrir des objets, les faire ensuite découvrir fait véritablement partie de mon ADN ! Lorsque je pars chiner, je me sens comme un aventurier en exploration ! » s’exclame-t-il.

Ce passionné entretient une relation très sensuelle avec les meubles, où les sens sont omniprésents. Il aime caresser les patines des objets anciens, imaginer leur histoire ou encore donner une deuxième vie à des pièces abandonnées par leur propriétaire ou maltraitées par le temps.

A la galerie, spécialisée dans l’Art déco du XXème siècle, Victor et Yves, son père, proposent des pièces exigeantes qui réclament un œil et une culture. « Le goût pour le mobilier dépend de l’histoire de chacun. Les Russes, par exemple, sont moins sensibles au design des années 60 ou 70 qui va les ramener au communisme, alors qu’ils sont friands de mobilier du XVIIIème siècle, époque de la Grande Russie et des tzars… », explique Victor Gastou.

Salon, exposition : l’expert déborde de projets. Présent sur le PAD de Paris, qui se tiendra cette année aux Tuileries du 31 mars au 3 avril, il présentera ensuite les œuvres en pierre et en acier de Gérard Kuijpers, à la galerie rue Bonaparte. Un travail en lévitation à découvrir sans tarder.

Présentation sur le stand du PAD 2016

Un superbe fragment d’un mur lumineux de Francois Chapuis, conçu à l’origine pour une chapelle, permet de positionner la composition abstraite sur plus de 4 mètres. 1970.
Francois Chapuis est particulièrement connu pour ses recherches et son travail d’artisan verrier ainsi que pour l’expérimentation des polymères et autres résines dans les années 60.
Une paire de console “Wing” de Gerard Kuijpers, 2015.
Totems de Ettore Sottsass.

Galerie Gastou
12 Rue Bonaparte
75006 Paris

Luc Allemand et Jean-François Foucher

C’est au 6, rue de Lille à Paris que nous rencontrons Luc Allemand et Jean-François Foucher dans leur galerie. Les deux compères, spécialistes du design des années 1950, ont décidé d’ouvrir cet espace il y a un peu plus de deux ans.

Un défi que de s’installer à St Germain après avoir arpenté la France à la recherche de pièces pour fournir les galeries. Ils proposent aujourd’hui une sélection de créations des 1950’s à 1970’s à un public de collectionneurs et d’amateurs de design.

Au cœur de la Galerie, le design Français des années 1950

Les designers français comme Joseph-André Motte, Mathieu Matégot ou encore Pierre Guariche s’exposent ici volontiers aux côtés du luminaire italien de la même époque ou encore du mobilier scandinave. Des pièces de Perriand, Prouvé et de Gino Sarfatti trouvent aussi régulièrement leur place ici. Ce sont de ces designers que la clientèle est la plus friande aujourd’hui, même si les galeristes restent dubitatifs quant à l’explosion des prix de certaines pièces en salle des ventes. On pense évidemment au bureau « Présidence » de Jean Prouvé, estimé entre 200 000 € et 300 000 €, qui a été adjugé à 900 000 € en mai 2015 chez Artcurial.

Être Galeriste, c’est « se sentir de défendre »

Si pour les galeristes, l’important est avant tout la recherche d’un « esthétisme » et d’une « simplicité dans les formes », ils regrettent parfois que des créateurs comme Motte ou Guariche, pour qui les pièces sont pourtant souvent très difficiles à trouver, passent un peu à la trappe à côté des noms plus connus du design français. Mais cela ne les freine pas puisqu’ils s’assignent un rôle de « défenseurs » de créateurs en sus de celui de marchand. Une démarche de long terme qu’ils inscrivent dans une volonté d’« attiser la curiosité » en présentant des pièces plus rares et en s’ouvrant peu à peu à d’autres types d’objets comme la céramique (une sélection de créations de Georges Jouve sera d’ailleurs exposée dans le cadre de Design Élysées en octobre prochain).

Des pièces qui plaisent ne se vendent pas forcément

Cette démarche, minutieuse et documentée, ne les empêche pas de faire attention à leurs achats. L’expérience d’un bureau Nelson ( modèle « Home Office 4658 »), un coup de cœur acheté aux débuts de la galerie, leur a montré qu’une pièce qu’ils pensaient vendre très vite peut rester exposée longtemps en dépit de son intérêt certain. Lorsqu’on dispose d’un espace restreint, cette pièce de choix devient alors encombrante. Car la précision de la sélection et la rareté des créations présentées n’induit curieusement pas nécessairement une clientèle foisonnante !

Une jeune Galerie qui crée sa réputation

Pour exister, il faut être connu. Or les galeries de la rue de Lille ou de la rue de Seine sont aujourd’hui moins fréquentées qu’il y a quinze ans. Beaucoup de choses se passent maintenant dans les salons. Ils sont même devenus « indispensables » pour se faire voir et fidéliser sa clientèle, nous expliquent les galeristes. Cette année, pour leur première foire, ce sera donc Art Élysées. Pourquoi ? Parce que le salon est spécialisé dans le design des années 50 à 70 et qu’il profite d’un emplacement de choix, à deux pas de la Fiac.

Art Élysées
Les deux passionnés espèrent ainsi pouvoir gagner en visibilité auprès d’une clientèle internationale et faire valoir leur démarche, rigoureuse et professionnelle. On y trouvera une belle sélection de créations françaises : outre les céramiques de Jouve, on découvrira des luminaires de Guariche bien sûr, un fauteuil Tripode « Christera » de Joseph-André Motte, et enfin un focus autour du travail de Michel Boyer. A découvrir du 22 au 26 octobre 2015.

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Art Élysées – Art & Design
Pavillons, avenue des Champs-Élysées
75008 Paris

Julia et Horacio Portuondo, L’amour du Vintage

Le couple d’antiquaires espagnol Julia et Horacio Portuondo confirme sa participation pour la seconde année consécutive, dans la section Design de la foire d’art moderne et contemporain Art Élysées, qui se tiendra cet automne à Paris. Une occasion pour revenir sur leur parcours et sur leur passion pour le mobilier des seventies.

Nichée au cœur du très select marché Serpette, dans le dédale des rues du Marché aux puces de Saint-Ouen, la galerie Portuondo abrite l’univers de Julia et Horacio, deux toqués de design qui rassemblent autour d’eux leurs objets fétiches. Bibliothèque imposante d’Aldo Tura en parchemin laquée, sculpture en plexiglas de Jean Claude Fabry, table laquée sertie d’étoiles brillantes signée par la Maison Jansen… Ici, le style est résolument vintage et les années 70 sont mises à l’honneur. Une passion que partage le couple depuis plusieurs années.

Une collection qui implique toute une famille

Pour Horacio, l’attrait pour le design fait totalement parti de son héritage familial : son père compte parmi les antiquaires réputés de Madrid, son grand père exerçait le métier d’architecte et du coté maternel, on fabriquait des tissus… Julia, en revanche, est une autodidacte convertie à l’âge d’adulte. Elle plaisante d’ailleurs avoir autant épousé l’homme que sa passion… « Nous chinons chacun de nos meubles et de nos objets ensemble, en famille, avec nos deux enfants et invariablement, nous avons les mêmes coups de cœur. Lorsqu’une pièce plaît à Horacio, elle me séduit également et inversement… » Julia et Horacio ont quitté Madrid il y a une dizaine d’années avec toutes leurs économies, dans la ferme intention d’ouvrir une boutique aux Puces. A l’instar du père d’Horacio, ils commencent par vendre des meubles du XVIIIe et du XIXe siècle avant de succomber au charme du mobilier de la première moitié du XXe, avec une prédilection pour le graphisme et les couleurs ludiques des 70’s. Une collection qu’ils aiment associer à des œuvres d’art cinétique, telles que celles de Victor Vasarelly ou de Martha Boto.

Des meubles chinés aux quatre coins du monde

« Nos pièces proviennent du monde entier, France, Italie, États-Unis, Allemagne…Achetées sur Internet, dans des foires ou des salles de vente, l’important est que chaque objet nous parle, peut importe qu’il soit signé… Nous sommes indifférents aux modes, nous n’achetons que les objets que nous aimerions avoir chez nous et d’ailleurs, notre appartement déborde», reprend Julia, porte-parole du couple. Si en Espagne, le prestige du nom de Portuondo rassure la clientèle, en France, il leur a fallu s’imposer. Mais de nombreux acheteurs reviennent régulièrement à la galerie piocher parmi les dernières trouvailles ou demander des conseils. Marchands, collectionneurs, décorateurs, artistes: autour des objets, des relations se tissent, voire quelquefois des amitiés. «A la galerie, ce sont les plus petites pièces qui se vendent le mieux : bureaux, luminaires, fauteuils… En ville, les gens manquent d’espace, alors les grands volumes sont difficiles à caser. Pourtant, ce sont souvent ceux qui ont le plus d’allure et qui donnent le ton », explique Horacio.

Un stand à ne pas louper

Petits ou grands volumes ? Pour leur seconde participation au Art Élysées, Julia et Horacio souhaitent créer la surprise. Le détail des pièces exposées est donc encore tenu secret. On sait simplement que l’ambiance se fera autour d’un salon. La mise en scène d’une pièce de vie où figureront des éléments clés, chères aux époques dont ils sont friands. « Une exposition réussie doit à la fois faire rêver et présenter des pièces hors du commun », reprend Horacio. Du 22 au 26 octobre 2015, pendant les jours du Art Elysées, le couple Portuondo devrait donc faire la différence. L’exposition se tiendra Avenue des Champs Élysées, l’artère la plus célèbre du monde transformée, pour un temps, en temple du design.

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Art Élysées – Art & Design
Pavillons, avenue des Champs-Élysées
75008 Paris

Laurent Greslin. Le Fauteuil Bridge Stacked

Designer et enseignant à ENSCI, Laurent Greslin fonde Z.I.lab. en 2011, un atelier de création où il s’interroge sur les modes de production, expérimente la conception d’objets démontables et cultive une approche locale, collaborative, circulaire et durable du métier de designer.

39 ans, l’oeil bleu et la chemise assortie au regard, Laurent Greslin demeure fidèle à cette couleur qui lui rappelle les bleus de travail. Un look « rationnel » qu’il a longtemps porté à ces débuts. Avant son Master à l’ESAD de Reims, il obtient un diplôme des métiers d’art, suit une formation au verre soufflé, s’initie au travail du métal et á l’art du feu. C’est probablement la connaissance de la matière qui forgera son profond respect du savoir-faire artisanal.

Sept ans de réflexion et de design industriel

Sa carrière démarre en 2003 pour le groupe SEB à l’agence DELO LINDO ou il réalise des grille-pains, des bouilloires et autres machines à café premier prix. A l’issue de cette expérience dans le design industriel, il se lance dans une carrière freelance.

Contribuer au développement locale

Pour Laurent Greslin, le designer doit inclure une approche environnementale dans toutes les facettes de son travail. Travailler avec des artisans de proximité en tissant des liens locaux est intégré au cahier des charges de ses conceptions et de ses recherches. « A l’image des commerces de mon quartier, devenir un designer de proximité me va bien », raconte-t-il.

Le Fauteuil Bridge Stacked

Parmi ses réalisations illustrant le rôle du design dans le processus d’innovation, on trouve son fauteuil bridge Stacked (Prix Label de l’Observeur du design 2015). Un fauteuil sans clou ni vis, constitué de trois parties qui s’emboîtent. La coque est constituée de différentes matières déchiquetées (bois, graines et autres résidus agricoles) agglomérées par un liant 100 % végétal puis solidarisées par pressage. Le confort est assuré par une peau en cuir ou en feutre garnie de mousse identique à la forme. Il est réalisé avec des matériaux recyclables car pour le designer « Les déchets des uns sont les ressources des autres » s’amuse-t-il. Chaque élément est détachable et remplaçable (ce qui augmente sa durée de vie). Une démarche « Eco-conception » et une très belle contribution !

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ZI Lab
2, avenue du Président Salvador Allende
93100 Montreuil