Jean-Pierre Laporte, Designer

Jean-Pierre Laporte a commencé son métier de designer chez Thonet aux côtés de Pierre Paulin, alors créateur pour la marque. Près de cinquante ans plus tard, le designer, qui a repris la création après une longue pause, nous raconte et revient sur les fondements de ses créations, à la fois ergonomiques et sculpturales.

Un travail redécouvert à travers une monographie et une rétrospective

C’est en 2010 que le travail de Jean-Pierre Laporte a été exposé au public pour la première fois lors d’une rétrospective à la galerie Edouard Edwards à Paris et de la présentation du fauteuil Esox à l’exposition “Mobi-Boom” aux Arts Décoratifs. Une médiatisation que le designer n’attendait pas, comme il nous le raconte : « un jour, un jeune homme passionné de design des années 60 est venu à mon bureau, après m’avoir écrit plusieurs fois sans recevoir de réponse, pour me proposer de faire un livre sur mon travail. C’est grâce à lui que l’on a pu faire le lire. C’est le hasard de la vie ». Ainsi est né « 65 | 75, Jean-Pierre Laporte, Dix ans de création », un livre écrit par Karoll Audibert, qui ouvre une fenêtre sur le travail singulier du designer et fait parler de lui, cinquante ans après ses premières créations. Trop moderne en 1965, c’est en 2010 que ses assises aux formes envoûtantes et sensuelles reviennent sur le devant de la scène.

Du bois au polyester : Libérer les formes !

Après des études à l’école Boulle et aux Art Décoratifs, Jean-Pierre Laporte rejoint Thonet en 1965. A une époque où le bois est maître, il « commence à travailler sur des séries de chaises, de fauteuils et de chauffeuses en bois car c’est la condition pour que Thonet fabrique et édite. Ils avaient un savoir-faire dans ce domaine ». Mais la rigidité de cette matière et l’influence de Paulin l’invitent rapidement à s’en éloigner. Il nous explique : « je me suis vite aperçu que le bois engendrait une certaine barrière et qu’il fallait travailler avec le polyester pour avoir une éclosion de formes diverses et rendre la créativité plus intéressante». « Avec ce matériau, on pouvait réaliser des formes libres, même si il implique des contraintes de démoulage ». C’est ainsi qu’est né le fauteuil Girolle en 1969, une assise aux lignes généreuses, « presque érotiques ».

Une vision en courbes et contre-courbes

« Le corps humain n’est pas fait de lignes droites ! Ce qui est important, c’est donc de s’adapter au corps et d’épouser sa sensibilité ». Cette idée, il la poursuivra tout au long de ses expérimentations en travaillant les « formes en courbes et contre-courbes et en les adaptant». « Tous les produits que j’ai dessinés sont moulés : j’ai mis pratiquement un an et demi et trois prototypes avant de sortir la forme définitive du Girolle », nous précise le designer. Un temps expérimental nécessaire, mais aussi un investissement pour Thonet, qui a soutenu avec conviction son travail « quand il a vu que les formes évoluaient dans le bon sens ». Viendra ensuite Esox, édité en 1970 par Burov, un fauteuil disposant d’une coque sinueuse en polyester moulé et revêtu de tissu Kvadrat aux coloris pop.

De 1965 à 2016, une ligne directrice : « L’art de faire s’asseoir les gens »

Je travaille aujourd’hui sur de nouveaux projets d’assises avec d’autres façons de voir les possibilités « En 1975, j’ai arrêté la création et j’ai repris depuis deux ans. Aujourd’hui, je suis en train de travailler sur de nouveaux modèles inspirés de petits prototypes de l’époque, tant pour des fauteuils que pour des chaises. Un prototype est en cours et sa mise au point va demander encore quelques mois. J’espère que cela sera une surprise pour tout le monde ! ».  Quand ? L’avenir nous le dira car, comme nous le confie Jean-Pierre Laporte : « j’ai plein de choses à faire, il faut que j’aille à la pêche ! »

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Jean-Pierre Laporte Creation
Jplc. 75005 Paris

Modernariatio : Antiquités Design des années 60 et 70

Direction Galerie Modernariato dans le 18ème arrondissement à la rencontre de Béatrice Brengues, galeriste et experte en design italien.

Dans sa petite boutique, Modernariato, seul mot à signifier “antiquités design” parmi toutes les langues, pas de mobilier des années 50 mais un univers décalé, hommage au design des années 60 à 80 qui s’affranchit des codes.

L’œil se promène, s’arrête et s’interroge. Beaucoup de luminaires, des appliques, des suspensions ou des lampes de table remplissent le petit espace du sol au plafond. Retranscription d’un échange singulier autour du design et de la démarche du galeriste aujourd’hui.

Une passion : Le design italien des années 60 et 70

Ancien clerc de commissaire-priseur et responsable de département design à Drouot, Béatrice Brengues a décidé de se lancer seule en tant que galeriste il y a quatre ans, en donnant naissance à Modernariato.

Bien que l’espace soit restreint, le lieu est empreint d’une véritable personnalité, à l’image de celle de sa propriétaire, enjouée, colorée et profondément singulière. Pourquoi autant de luminaires ? Quand elle a ouvert, elle s’est promis « de toujours avoir des Eclisse et des petites lampes de références à 150€ qui soient des classiques du design ».

Sa sélection est donc naturellement « assez cadrée sur le design italien et français des années 60, 70 et, depuis deux ans, aussi des années 80, car il est prisé par une clientèle inspirante ». Ici, le plastique et les métaux aux lignes rondes et parfois exubérantes remplacent donc les formes sobres du design des années 50, en vogue dans les galeries parisiennes.

Béatrice nous le confirme et nous explique : « je ne fais pas d’années 50 ni de design scandinave car je n’ai pas une démarche de proposer des produits absolument à la mode ». Elle stocke d’ailleurs des pièces pour lesquelles « il n’y a pas encore de marché mais qu’elle achète parce qu’elles sont intéressantes ». Celles-ci sont « en attente du bon moment », à l’abri des regards. Un choix personnel guidé par une réelle expertise de l’histoire du design, mais également précurseur à l’heure où le plastique n’est pas encore un marché tendance et avec lequel il faut donc savoir jongler pour maintenir un nécessaire équilibre économique.

Un pari maîtrisé entre passion et équilibre économique

Sans remettre en cause sa passion, Béatrice Brengues nous explique avec franchise « la nécessité de dépasser l’intérêt culturel du métier pour trouver un équilibre économique, qui fait d’ailleurs pleinement partie de l’histoire du design de par son lien étroit avec l’industrie ».

Elle propose donc depuis le début ses pièces à la vente en ligne, sur son propre site internet. Une évidence puisque les gens qui s’intéressent à ce type de design, pointu et relativement méconnu du grand public, sont pour la plupart métropolitains et internationaux. Elle « vend ainsi essentiellement sur Internet » à des habitants de grandes capitales comme Paris, Londres ou Bruxelles.

Elle utilise aussi les Market Places pour répondre « à une demande urbaine d’objets vintage, mais pas forcément design », en chinant et proposant des objets qu’elle n’exposerait pas nécessairement dans sa galerie. Rue Montcalm, au contraire, elle préfère proposer des luminaires, pour grande partie italiens, en s’adressant à une clientèle curieuse de collectionneurs, souvent jeunes et créatifs, qu’elle accompagne dans leur démarche.

On y trouve alors pêle-mêle du Fabio Lenci, Enzo Mari, Ettore Sottsass mais aussi des pièces du japonais Isao Hosoe ou de l’autrichien Olaf Von Bohr : une vraie caverne d’Ali Baba pour les amateurs, sans oublier les professionnels, à qui elle propose des pièces à la location pour des shootings car « ce qui se loue n’est pas forcément ce qui s’achète ».

Des expositions thématiques à venir

L’activité de galeriste étant un terrain mouvant et évolutif, Béatrice nous explique que si elle fonctionne aujourd’hui davantage en « boutique », elle « aimerait à l’avenir s’établir davantage comme galerie et donner à voir son raisonnement intellectuel ».

Forte de ses études en histoire de l’art et de son expérience dans les musées comme en salle des ventes, « la démarche intellectuelle du galeriste est quelque chose qui lui plaît ». Une évolution qui semble toute naturelle et qu’elle a déjà amorcée dès 2013 avec une exposition thématique, accueillie par la galerie Briobox, sur les luminaires de Castiglioni, Scarpa et Magistretti.

La prochaine, dont le lieu n’est pas encore défini, installera Modernariato là où ne l’attend pas forcément : du côté des tabourets ! Roger Tallon, Achille Castiglioni ou George Nelson… Nous ne connaissons pas encore sa sélection mais ne doutons pas qu’elle sera à la fois pointue et loin des sentiers balisés du design « à la mode ».

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Modernariato Galerie Design
1 rue Montcalm
75018 Paris

Franck Tessier Design

Tombé dans la marmite de la brocante design il y a de cela 15 ans, grâce à un ami qui vendait aux puces de Vanves, Franck Tessier n’a eu cesse depuis de mettre en œuvre sa passion.
Passé de galeriste, par deux fois à Nantes, à vendeur aux marchands, une ligne directrice l’a pourtant suivi : celle du design des années 50 à 80 chiné avec un œil aguerri.

L’œil du passionné

Installé à Nantes, Franck Tessier nous ouvre ses portes. Une maison d’architecte des années 60, de grandes baies vitrées et un univers design animent l’endroit. Sur la cheminée contemporaine, des céramiques de Capron attirent l’œil. Une représentation assez fidèle de la façon dont l’homme chine ses objets : « on vend bien ce que l’on aime bien », explique-t-il. Il déballe ainsi souvent au Mans sa marchandise aux professionnels, faite de mobilier de design français des années 50 à 80.

Une époque qui anime le marchand

Loin de se restreindre à un designer, Franck Tessier offre à voir pêle-mêle, chez lui, une chaise de Guariche, un Bridge de Paulin ou une table basse italienne de Willy Rizzo. Et des céramiques, bien sûr, car il « aime beaucoup les céramiques des années 50 ».

Capron, Ruelland, Jolain, Chambost ; Franck Tessier nous confie en ce domaine son affection « aussi bien pour les pièces de forme que les tables basses ».

Une expérience au service de la sélection

De par sa situation géographique, Franck Tessier nous explique ainsi chiner sur la côté Atlantique car «on y trouve beaucoup de 50 français dans les villas et de 70 dans les appartements». Idéal pour proposer du design d’après-guerre. Et si le marchand nous confie s’affairer à donner à voir une période plus que défendre un designer, il attache cependant une attention particulière à sélectionner avec minutie les « objets des années 50, mais aussi de plus en plus des années 70 », en utilisant son « expérience lui permet de proposer des objets authentiques ».

Dominique Esteve : Les classiques du design

“Une chauffeuse de Mourgue, un fauteuil Paulin, une LC4 Le Corbusier, du Bertoïa, du Jacobsen… ”, Dominique Esteve parie sur les classiques pour agrémenter son stand de la Brocante Design.

Et aussi sur un agencement bien travaillé, organisé autour de petits pôles différents, de manière à attirer le regard d’abord sur des pièces connues, et ensuite sur des petites trouvailles inattendues.

Dans le métier depuis une trentaine d’années, il essaie toujours de faire découvrir des objets nouveaux aux chineurs. “Les classiques rassurent, mais il faut aussi rester accessibles pour de petits budgets, des coups de coeur, et pour cela j’ai aussi des pièces anonymes. Et je propose des meubles moins connus, par exemple cette année des tabourets en fil Verner Panton, une Lamino Chair d’Yngve Ekström.”

Des pièces que cet antiquaire choisit aussi en fonction de sa passion pour l’inventivité des designers. “Toutes ces personnes ont réalisé des objets, des meubles, d’une façon vraiment nouvelle pour leur époque. C’est quelque chose que l’on ne mesure pas toujours. Les chaises Eames en fibre par exemple, il faut voir ce qui se faisait à ce moment là pour percevoir leur côté novateur.” Le travail du bois courbé dans les années 1950-1960, celui du plastique dans les années 1970… Il apprécie particulièrement de pouvoir échanger avec les chineurs comme avec les autres marchands, persuadé qu’il est toujours possible d’apprendre des choses nouvelles dans ce domaine, ou de transmettre son savoir.

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Aauthentik
https://www.aauthentiks.com/accueil

Guillaume Fouquet et le mobilier de la reconstruction

Marchand depuis les années 2000, Guillaume Fouquet a peu à peu développé une expertise dans un domaine assez particulier : le mobilier de la reconstruction.

“Ce qui m’a vraiment séduit, c’est la sobriété des lignes, qui est un héritage direct de l’élégance de l’Art déco. Ainsi que cette volonté de vouloir créer un mobilier accessibles à tous”. Guillaume Fouquet “défend” le mobilier de la reconstruction avec passion, cherchant à créer un nouveau regard chez ceux qui ne connaissent pas encore cette période du design. “Je présente une exposition par an, de manière à avoir aussi une démarche pédagogique. Les chineurs n’ont parfois plus le temps de s’intéresser à des domaines particuliers du design. Les expositions, les livres peuvent y contribuer, le 8 octobre sort un livre sur René Gabriel aux éditions Norma, cela va dans le même sens.”

Installé à Rouen, ce marchand participe pour la première fois à la Brocante Design : “J’expose rarement en dehors de ma galerie, la logistique peut être complexe, mais je suis venu voir la dernière édition, et je pense que je peux y trouver ma place”. Guillaume Fouquet connaît déjà la liste des pièces qui seront installées sur son stand : une paire de fauteuils et un petit meuble à tiroirs de René Gabriel, une table de Marcel Gascoin, un fauteuil d’Émile Seigneur, un guéridon de Gustave Gautier, une quinzaine de céramiques de Jacques Blin“Sans avoir la prétention d’être un ensemblier, je veux proposer une présentation qui soit cohérente à mes yeux, une ambiance thématique, sans forcément miser sur la quantité.”

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Galerie Guillaume Fouquet
228, rue Martainville
76000 Rouen

Matthias Jousse : Galeriste à l’âme de collectionneur

Cette année, à la FIAC, le design était de retour. Et la Galerie Jousse Entreprise faisait partie des cinq stands à présenter du mobilier d’architecte, avec notamment un fauteuil deux places Kangourou de Jean Prouvé, une pièce unique. L’occasion pour Undesignable d’en savoir plus sur Matthias Jousse, à qui l’on devait la présentation des œuvres de Roger Tallon à l’entrée de la FIAC Design.

Du cinéma au design

Si Matthias Jousse est « né dans les chaises Prouvé », sa carrière de galeriste n’était pas une évidence. C’est d’abord le cinéma qui a touché l’homme de 44 ans, puisqu’il est devenu assistant metteur en scène aux côtés d’Oscar Sisto durant plusieurs années. Mais déjà à cette époque, il aimait beaucoup les années 70. Il nous raconte : « je chinais par plaisir, à des prix accessibles car peu de gens s’y intéressaient. C’était il y a 22 ans ».

Un oeil pour les années 70

Sans le vouloir, d’un plaisir est née une passion et l’homme n’a eu d’autre choix que de plonger dans le monde de l’antiquité design. « Je suis devenu passionné », nous confie Matthias Jousse. Alors il a « pris un stand pendant sept ans au marché Paul Bert avec Nicolas Denis, aujourd’hui chez Piasa ». Il représentait les travaux des designers français des années 60 et 70, à l’image de Roger Tallon, bien sûr, ou de Raymond Loewy mais aussi du danois Verner Panton. Aujourd’hui prisé, le galeriste nous précise que ce type de mobilier « était difficile à vendre à l’époque, car il n’y avait pas de marché ».

2002 : La Galerie Jousse Entreprise s’agrandit

En rejoignant la galerie Jousse en 2002, aux côtés de son père, Matthias Jousse a accepté de se donner plus de moyens pour développer les années 70 mais ne s’est jamais enfermé dans une époque : il a ainsi présenté une table de Marc Newson l’an dernier à Bâle, la « Event Horizon Chop Top », qui avait été éditée par Kreo en 1992 et en 2006. Et il s’intéresse de près aux travaux d’Antoine Philippon et de Jacqueline Lecoq, datés des années 1950 et 1960, pour « leur très grande qualité » et « l’économie de moyens dont ils font preuve, au même titre que Prouvé ».

Une démarche de collectionneur

Un éclectisme qui s’explique facilement par sa démarche avant tout guidée par le cœur : « j’achète comme si j’étais collectionneur », nous confie l’homme. Pour ensuite préciser ce choix : « c’est plus agréable car si on ne vend pas une pièce assez vite et qu’elle reste en stock, on a le plaisir de l’admirer tous les jours ». D’ailleurs, pour soutenir le propos, Matthias Jousse nous confie se fournir aussi en galeries, comme récemment avec une pièce des Bouroullec acquise auprès de la galerie Kreo.

De l’édition de design contemporain à la galerie Jousse

Si la galerie Jousse est reconnue pour sa double expertise du duo père-fils dans l’antiquité design, elle s’engage aussi dans l’édition contemporaine de petites séries, avec notamment la table DOTS, réalisée en ductal, un béton fibré, et dessinée par le duo d’architectes EC/DM cette année.

Présentée en juin à Design Miami / Basel, elle vient compléter une histoire de mobiliers portée par la galerie, comme pour marquer une envie insatiable d’élargir les possibilités. Ce qui n’est évidemment pas pour déplaire à cet amoureux du design sous toutes ses formes !

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Galerie Jousse Entreprise
18, rue de Seine
75006 Paris

Damien Tison : Le pari de la proximité

Rue du Cherche-Midi, la galerie Damien Tison fait le pari de la proximité en proposant à une clientèle fidèle du mobilier et des luminaires du XXème siècle.

Ici, le design français et italien se côtoient dans une mise en scène à l’image d’un appartement de collectionneur. Rencontre avec son propriétaire, jeune galeriste passionné.

Loin de l’esprit des puces comme de celui des grandes galeries de la rue de Seine, Damien Tison s’est forgé une identité singulière en présentant ses pièces comme on le ferait dans une maison. « C’est un petit lieu mais je le veux très vivant », nous explique Damien Tison, qui s’attache ainsi « à fixer des prix un peu moins cher que ceux du marché pour que ce soit renouvelé tous les 10-15 jours ».

Ici, on trouve « beaucoup de luminaires et de petit mobilier du XXème siècle, des années 50 jusqu’aux années 70 : du Guariche, du Lunel mais aussi des éditeurs italiens comme Stilnovo ou Arteluce » et le galeriste, qui ne défend pas un artiste en particulier, ne s’empêche pas « de les mélanger parfois avec des objets plus classiques ». L’homme se « différencie car c’est une boutique de quartier, et à Paris il n’y en n’a plus beaucoup. Certains fonctionnent avec des gros dépôts ou avec des sites internet mais je préfère quant à moi garder cette proximité avec les gens qui viennent me voir », nous explique-t-il. Un choix assumé pour ce professionnel qui « travaille avec son œil », exercé depuis son enfance aux côtés de son père brocanteur en Province puis lors de ses études, spécialisées dans le marché de l’art.

Ce qu’il préfère dans son métier ?

« Discuter d’un objet, échanger avec les clients qui sont demandeurs d’informations concernant les détails de fabrication, la provenance de la pièce ou encore l’intérêt du dessin ».

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Galerie Damien Tison
75 rue du Cherche Midi
75006 Paris

Modest Furnitures : Le duo spécialisé dans le scandinave

Vincent Lemson et Arne Jennard, un duo de marchands passionnés, ont posé leurs valises ainsi que leur collection de pièces de design suédois et scandinave des années 50, 60 et 70 à Antwerp, en Belgique. Retour sur leur galerie qui mêle habilement rééditions et pièces d’époque.

Une ligne : Un design positif de qualité

Les deux fondateurs de la galerie prônent un design positif, à la fois modeste et qualitatif. Installée dans un immeuble de 1956 réalisé par Léon Steynen, architecte fonctionnaliste également directeur de l’école d’architecture de la ville, la galerie aime à composer entre œuvres signées des plus grands comme Hans J. Wegner, Arne Jacobsen ou Verner Panton et pièces anonymes aux lignes travaillées.

Des antiquaires inspirés et éclectiques

Loin de se contenter d’acheter puis de revendre, les deux hommes s’affairent à proposer du design de haute qualité, en restaurant les pièces originales, en intéressant l’œil de leurs clients avec des noms moins connus et en proposant des pièces neuves rééditées. On trouvera ainsi une version neuve du Relaxer de Panton, au tissu gris clair, qui s’affichera aux côtés d’un authentique canapé GE-233 du début des années 1950 et d’un étonnant lampadaire en métal à abat-jour suspendu datant de la même époque. Une galerie qui ne manque pas d’audace !

Modest furniture
Mechelsesteenweg 255
2018 Antverpen

Isabelle Keit, Une passionnée cachée derrière Art Élysées – Art & Design

En octobre, la foire d’art moderne, contemporain et de design, Art Élysées – Art & Design, fêtera ses dix ans. L’occasion de revenir sur l’histoire de sa création et de comprendre le succès de ce salon, qui se déroule pourtant au même moment que la FIAC (et à deux pas de celle-ci!).

Undesignable a rencontré Isabelle Keit-Parinaud, à la tête d’Orexpo, qui organise chaque année la foire d’art et de mobilier design Art Élysées – Art & Design.  En octobre, la foire fêtera ses dix ans, l’occasion de revenir sur un parcours atypique et de comprendre le succès de ce salon qui se déroule au même moment et à deux du Grand Palais. Achille a rencontré en exclusivité Isabelle Keit-Parinaud, à la tête d’Orexpo, qui organise l’événement.  Elle nous reçoit chez elle, dans un appartement haussmannien où art et design habitent véritablement l’espace. Pour elle, fille d’artiste-peintre et épouse de Blaise Parinaud, galeriste, l’art fait partie intégrante de sa vie. Elle revient pour nous sur l’histoire Art Élysées – Art & Design, cette foire de 6000 m² qui a lieu chaque année sur la plus belle avenue du monde.

Art Élysées–Art & Design : Un succès constant

La première édition d’Art Élysées – Art & Design, baptisée au départ « Les Élysées de l’Art » a eu lieu en 2007. Le pari n’était pas gagné d’avance : réunir des galeries d’art moderne et contemporain en même temps que la FIAC. Isabelle Keit-Parinaud, directrice d’Orexpo, qui organise chaque année la foire Art Élysées – Art & Design, explique que tout a commencé par l’initiative du fondateur et organisateur de salons, Joel Garcia, de Jean-Marc de Chauvigny, ancien directeur de la Fiac et du galeriste, Baudoin Lebon, ancien exposant puis compté parmi les refusés de la FIAC.

L’idée s’est alors naturellement mise en place : pourquoi ne pas proposer une foire complémentaire à la FIAC, et “non pas une alternative”, qui permette de faire la promotion de galeries principalement françaises. Pari tenu puisque depuis, Art Élysées – Art & Design s’est construit une réputation, passant peu à peu des « exclus de la FIAC » à une foire « garantissant des valeurs sûres et historiques », d’abord en art moderne et contemporain classique puis, depuis l’an dernier grâce au salon 8e Avenue, dans le domaine de la jeune scène d’art contemporain et urbain.

Une vision de l’art : Ne pas être à la Mode pour viser juste

Peut-être que le succès, constant et régulier, de cette foire tient en une phrase: « On ne veut surtout pas être à la mode car nous trouvons que c’est ce qu’il y a de plus dangereux ». Avec son positionnement centré sur l’art moderne et contemporain classique, la presse a eu tendance à qualifier ce salon de « sage ». Isabelle Keit-Parinaud nous fait comprendre qu’il ne s’agit pas d’être sage, au contraire, mais « de ne pas tomber dans le sensationnel ». Ce qu’il l’intéresse, c’est « de proposer un parcours clair présentant des valeurs sûres pour tous les collectionneurs ». Bien évidemment, ce n’est pas incompatible avec le fait d’être novateurs. Comme le rappelle sa directrice générale, Art Élysées – Art & Design ont été les premiers à revaloriser l’abstraction géométrique, dont elle est personnellement grande amatrice, en présentant notamment la cabine de chromo-saturation de Carlos Cruz-Diez.

8e avenue: Un pari sur le contemporain et l’art Urbain

L’arrivée du salon de 8e Avenue l’an dernier a suscité un véritable engouement du public de collectionneurs et amateurs. Les organisateurs d’Art Élysées – Art & Design proposent à travers 8e Avenue une nouvelle section plus ouverte à l’art contemporain actuel, dont l’art Urbain.

Pour cette seconde édition, 8e Avenue constitue un quatrième pavillon et crée une forte synergie proposant aux visiteurs des deux événements un large panorama de l’art du XXème et du XXIème.

Art Élysées – Art & Design, la section Design en 2016 s’ouvre au contemporain

Si Isabelle Keit réserve beaucoup de surprises pour l’édition 2016, nous pouvons déjà dire qu’un virage vers le design contemporain voit le jour alors que depuis sa création en 2009, la section Design d’Art Élysées est reconnue pour ses propositions tournées vers le design du XXème. « Nous nous sommes rendu compte qu’il serait intéressant d’ouvrir la section design au contemporain afin de créer une passerelle avec l’art contemporain ». Et si l’an passé, seul l’artiste Yves de la Tour d’Auvergne était présenté avec ses créations du XXIème, la majorité des stands sera cette année constituée de galeries et de maisons d’éditions qui défendront de jeunes designers de la nouvelle scène.

Un projet encore tenu secret prévoit une mise en scène innovante, avec pour objectif de montrer que, peu importe l’époque, « le beau se mélange ».  Enfin, de belles collaborations se préparent pour une édition d’Art Élysées – Art & Design 2016 qui promet encore une fois un grand succès.

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Art Élysées – Art & Design
Pavillons, avenue des Champs-Élysées
75008 Paris

Ionna Vautrin : Rencontre du Design et de la générosité

C’est dans l’atelier Ionna Vautrin dans le 10ème arrondissement, niché au fond d’une cour et baigné de lumière, que nous rencontrons la designer pour une entrevue privilégiée. L’endroit est à son image : chaleureux, poétique et sans prétention.

Elle y travaille seule (mais n’exclut pas l’idée de prendre un chat), loin du monde du « design qui veut tout intellectualiser » . On s’installe sur la grande table, autour d’un café.

S’enrichir d’expériences pour voler de ses propres ailes

Très vite, une évidence s’impose : Ionna Vautrin aime créer dans la simplicité, parfois dans l’humour car «cela touche plus les gens qu’on leur propose des objets porteurs d’histoires et de légèreté», mais toujours avec une grande exigence. «Il faut imaginer des objets qui nous accompagnent tout au long de notre vie et dont on ne se lasse pas avec le temps».

Et si la lampe Binic, éditée chez Foscarini en 2010, apparaît comme le très sérieux tournant clé de sa carrière, la jeune femme avait su se forger une belle expérience avant cela. Comme elle le dit elle-même, «j’ai préparé le terrain un peu en amont, pendant dix ans».

Tout d’abord, à peine diplômée, chez Camper à Majorque où elle découvre un univers «au croisé de la mode et du design», puis chez Georges Sowden à Milan, où elle travaille sur «des gammes d’électroménager, soit des projets plus industriels», ce pour quoi elle était formée. «On travaillait avec une entreprise de prototypage qui venait d’acquérir une machine de frittage de poudre. A l’époque [en 2004], c’était une technologie nouvelle ouvrant la porte à un champ d’exploration formel extraordinaire» nous raconte Ionna. «Nous avons alors organisé l’exposition In dust we trust autour du frittage de poudre. Nous y avons convié une belle équipe de jeunes designers, assistants de grands studios milanais comme Ettore Sottsass, Patricia Urquiola ou James Irvine. L’exposition est ensuite devenue un éditeur, Industreal. C’est à partir de là que j’ai dessiné mes premiers objets». Jeannette et Jacquette (2004), Boîte tamisée (2006), Donges (2008) ou encore Fabbrica del vapore (2008) naîtront de cette collaboration.

En 2005, alors à Paris, elle quitte son poste chez Centdegrés et envoie son portfolio aux frères Bouroullec : « j’ai eu de la chance car ils cherchaient un assistant au même moment », nous dit-elle modestement. Elle y restera cinq ans. Cinq ans durant lesquels elle a assisté les frères dans leurs projets, notamment avec les éditeurs italiens, et appris de leur talent.

Bien que très occupée par ces riches expériences, elle n’a pour autant pas cessé de «travailler ses projets personnels, le soir et le week-end» parce qu’elle n’a «jamais perdu de vue l’idée de faire [sa] propre route»

Ionna Vautrin l’indépendante

Ce sont sûrement cette détermination et cette patience qui lui ont permis d’accéder à son indépendance après quelques années seulement. La designer nous parle quant à elle «d’un timing parfait». Car quand Foscarini lance la Binic en 2010, elle reçoit la même année le grand prix de la création de Paris. C’est aussi le moment pour la jeune femme de quitter les Bouroullec pour voler de ses propres ailes en créant son studio, en janvier 2011.

Tout s’enchaîne alors et les éditeurs comme Lexon, Moustache ou bien encore Sancal la contactent. Puis viennent Bosa et Serralunga. Et cela n’a pas cessé puisque aujourd’hui, elle reçoit « pas mal de sollicitations pour imaginer des projets très variés ».

Elle nous montre et nous explique la signification de chacun de ses objets : Bec (pour Bosa) est une série de trois sculptures, composées d’une simple base conique et coiffées d’un bec brillant aux formes rondes et organiques. Seul le dessin du bec et du décor de ces trois oiseaux définit leur espèce: un canard, un toucan et une mouette.

La petite radio Lexon, qui rappelle les transistors de l’époque, trône dans sa bibliothèque. On découvre aussi une planche à découper et trois brosses de cuisine, Canot, aux formes douces et épurées, qu’elle a créé en référence aux ustensiles de nos grand-mères pour une petite marque familiale qu’elle apprécie, Andrée Jardin.

Les projets à venir

La designer nous présente aussi ses dernières créations : Mascotte, une famille de petits diffuseurs d’encens qui prennent la forme d’oiseaux crachant de la fumée aromatique, sortira chez Bosa. Pour Lexon, le concept de la lampe Clover s’ouvre avec une lampe à capteur solaire à planter dans un pot ou dans un jardin. Pour Sancal, elle travaille sur un projet de fauteuil, à côté de la série Pion qui a été agrandie l’année dernière.

Bien sûr, les collaborations avec Foscarini et Moustache se poursuivent, sans compter des projets avec Serralunga pour qui elle a déjà dessiné le banc Luba il y a deux ans. Un trio d’animaux en peluche, initialement présenté lors d’une exposition Kvadrat, va bientôt voir le jour en grand et en petit format chez Element Optimal : « des sculptures grandeur nature pour petits et grands ! »

Luminaires, objets, mobilier, textile et même architecture… rien ne semble arrêter Ionna Vautrin. Sauf les chaises peut-être. Elle en a fait une « overdose » chez les Bouroullec. Mais aujourd’hui, Ionna nous confie qu’elle est prête et même pressée de se replonger dans « cet exercice exigeant et complexe ». On aimerait bien. Elle nous parle aussi son envie de s’aventurer vers d’autres territoires que l’objet de décoration comme l’électroménager et le design industriel, auquel elle est très attachée. Et pourquoi pas la vaisselle et les ustensiles de cuisine aussi : parce qu’en plus du reste, elle nous apprend qu’elle a suivi pendant un an des cours de cuisine, sa seconde passion, à la mairie de Paris en vue d’obtenir son CAP.

Et le luminaire alors ? En septembre, « un gros projet industriel », doit sortir. C’est « aussi du luminaire mais dans un contexte très particulier ». Pour l’instant confidentiel, on ne serait pas étonné qu’il s’agisse d’une création très différente, pourquoi pas dans le domaine de l’aménagement public. A suivre donc.

Il n’y a pas que le design dans la vie de Ionna Vautrin

La designer, qui ne se fixe pas de limites, aime aussi créer « des projets plus personnels », plus libres. Elle prépare en ce moment « une exposition de dessins érotiques », mais attention « pas pornographiques », nous précise-t-elle, puisque ce sont des illustrations « avec des personnages qui ont la bouille des objets qu'[elle] dessine ». A vos agendas, cela se passera à partir du 26 mai à l’espace Modem Quincampoix.

On comprend que les projets la font avancer et que rien n’est exclusif. Si elle aime, elle créé. Elle porte d’ailleurs une attention particulière aux éditeurs avec qui elle travaille et «plus ça va, plus elle sélectionne». Si elle travaille avec Moustache par exemple, c’est parce qu’il existe «une vraie démarche de confiance et [elle] aime bien travailler comme ça».

En sortant de l’atelier, on se dit que c’est aussi ça le design. Une façon de partager des émotions, une mémoire, un sentiment. Sans chercher à en faire trop. Simplement en cherchant à apporter un peu de bonheur et de beauté dans le quotidien.

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Ionna Vautrin
90 rue d’hauteville
75010 Paris