André Monpoix : La rigueur au service de la reconstruction

Figure discrète mais essentielle du design français des années 1950, André Monpoix incarne l’esprit de la reconstruction. Élève de René Gabriel, collaborateur de Meubles TV, il développe un mobilier rigoureux, fonctionnel et moderniste, où métal, formica et bois dialoguent avec justesse. 

Retour sur un créateur encore sous-estimé, dont le bureau présenté au Salon des Arts Ménagers en 1956 demeure un manifeste du fonctionnalisme à la française.

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André Monpoix

Dans le paysage du design français des années 1950, le nom d’André Monpoix reste encore discret — à tort. Élève de René Gabriel aux Arts Décoratifs de Paris, diplômé en 1949, il appartient à cette génération formée dans l’urgence de l’après-guerre. 

Leur ambition est claire : Concevoir un mobilier moderne, accessible, rationnel. Un design pour la reconstruction.

René Gabriel, figure majeure du mobilier d’urgence et du Salon des Arts Ménagers, transmet à ses élèves un principe fondamental : Simplicité, économie de moyens, efficacité d’usage. 

Monpoix en retient le dépouillement formel et l’exigence constructive.

Le Salon des Arts Ménagers : laboratoire de modernité

Dans les années 1950, le Salon des Arts Ménagers constitue la vitrine incontournable du mobilier contemporain en France. C’est là que s’affirme une nouvelle génération — Pierre Guariche, Alain Richard, Joseph-André Motte… et André Monpoix.

Après une collaboration de quatre années auprès de Jacques Dumond, Monpoix fonde sa propre structure au début des années 1950. En 1956, il présente au Salon un bureau édité par Meubles TV qui marque les esprits.

À une époque où le bois massif domine encore les intérieurs bourgeois, Monpoix ose associer frêne, formica et piètement métallique. Ce mariage des matériaux industriels et naturels traduit l’évolution des usages (Légèreté, mobilité et recherche de fonctionnalité).

Le bureau Meubles TV : un manifeste discret

Le bureau à un tiroir est emblématique de son approche. Plateau rectangulaire aux lignes strictement orthogonales, proportions maîtrisées, structure tubulaire en métal laqué : tout concourt à une lecture claire de la fonction.

Le formica, matériau alors associé à la modernité domestique, permet résistance et facilité d’entretien. Le piètement métallique allège visuellement l’ensemble et inscrit le meuble dans une logique industrielle assumée.

Ce mobilier n’est ni démonstratif ni spectaculaire. Il est précis. Rationnel et juste. Monpoix refuse l’ornement superflu pour privilégier la qualité du dessin et l’équilibre des masses.

Meubles TV : l’avant-garde éditoriale

Fondée au début des années 1950, Meubles TV jouera un rôle déterminant dans la diffusion du design moderne en France. L’éditeur devient rapidement un terrain d’expérimentation pour plusieurs figures majeures du design d’après-guerre.

Aux côtés d’Alain Richard, André Monpoix s’impose comme l’un des créateurs phares de la maison. Ensemble, ils participent à l’affirmation d’un mobilier sériel, pensé pour la production industrielle, sans renoncer à l’exigence esthétique.

Parmi les pièces marquantes de Monpoix figure également une chauffeuse à structure métallique dont l’assise et le dossier sont constitués de fils plastiques tendus — une exploration technique audacieuse présentée elle aussi au Salon des Arts Ménagers de 1956.

Un design de conviction

Comme ses contemporains, Monpoix appartient à la « génération des jeunes loups ». Tous sont nés entre 1925 et 1930. Tous ont été formés dans les grandes écoles françaises. Tous partagent la volonté de transformer le décorateur en architecte d’intérieur.

Leur mission : Inventer l’appartement moderne. Inventer des meubles adaptés aux surfaces réduites. Inventer des solutions produites en série, mais dessinées avec exigence.

Dans cette dynamique, André Monpoix occupe une place singulière : moins médiatique que certains de ses pairs, mais d’une grande cohérence formelle.

Une redécouverte nécessaire

Longtemps éclipsé par les figures plus célèbres de la décennie, le travail d’André Monpoix connaît aujourd’hui un regain d’intérêt auprès des collectionneurs spécialisés en design français des années 1950.

Ses pièces se distinguent par une rareté relative sur le marché. Elles incarnent parfaitement ce moment charnière où le mobilier français abandonne progressivement le décoratif pour embrasser le fonctionnalisme industriel.

André Monpoix, l’élégance sans emphase

Le design d’après-guerre ne fut pas uniquement une question de style. Il fut une réponse à un contexte historique précis : Reconstruire, loger, équiper.

Le bureau Meubles TV d’André Monpoix ne cherche pas à impressionner. Il cherche à servir. Et c’est précisément cette retenue qui, aujourd’hui, en fait toute la force.


En savoir plus ?

  • Mobilier National 1964-2004 : 40 ans de création : Réunion des Musées Nationaux (RMN), Paris, 2004.
    Catalogue d’exposition présentant des commandes publiques et des aménagements institutionnels.
    Permet de replacer les créateurs de la reconstruction — dont Monpoix — dans le contexte des politiques publiques françaises.
  • VIA Design 3.0. 1979-2009 : 30 ans de création. Valérie Guillaume & Gérard Laizé. Éditions du Centre Pompidou / VIA, 2009.
    Bien que plus tardif, cet ouvrage replace les designers français dans la continuité de la modernité d’après-guerre.
    Utile pour comprendre l’héritage des années 1950 et le rôle des industriels dans la diffusion du design.
  • Design français 1950. La génération des jeunes loups
    Éditions Pascal Cuisinier / Flammarion, 2015.
    Ouvrage de référence sur la génération formée autour de Marcel Gascoin. On y trouve des éléments précieux sur le contexte, les éditeurs comme Meubles TV, et les parcours d’André Monpoix, Alain Richard, Joseph-André Motte, Pierre Guariche, etc. Indispensable pour situer Monpoix dans son réseau professionnel.

Achille

Architecture belongs to culture, not to civilization.

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