Gae Aulenti : un univers créatif

Gae Aulenti est l’un des architectes et designers les plus influents de l’après-guerre. Dès les années 1960, ses créations emblématiques – comme sa série “Locus Solus” (1964), les lampes “Pipistrello” (1965) et “King Sun” (1967) – ont joué un rôle essentiel dans la domination mondiale de l’Italie dans le domaine de la conception du produit. La créatrice italienne a acquis une renommée internationale pour sa transformation de la gare parisienne d’Orléans en musée d’Orsay (1980-1986). Mais bien que Gae Aulenti ait réalisé plus de 700 projets, elle est relativement inconnue en dehors de son Italie natale. Le Vitra Design Museum cherche à corriger cette négligence avec l’exposition qui lui est consacrée : Gae Aulenti : A Creative Universe.

L’exposition explore l’œuvre à multiples facettes de Gae Aulenti, qui englobe non seulement des projets architecturaux et des objets de design, mais aussi des intérieurs, des décors et des costumes, ou encore des scénographies d’expositions. Le Vitra Schaudepot présente environ 35 articles de toute sa carrière, complétés par des photographies, des croquis et des dessins, ainsi qu’un diaporama, des films documentaires et des interviews.

Jusqu’au 18 avril 2021

Vitra Design Museum
Charles-Eames-Strasse 2
D-79576 Weil am Rhein
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https://www.design-museum.de/

Denise René à St-Germain-des-prés : une page se tourne

L’exposition qui devait ouvrir cette semaine à la galerie denise rené rive gauche, a dû être déprogrammée. En effet, l’administrateur judiciaire chargé de la succession de Denise René, titulaire de l’espace du boulevard Saint Germain, a pris la décision de mettre un terme à l’occupation du local par la galerie.

Cette adresse emblématique, inaugurée le 23 juin 1966 au cœur de St-Germain-des-prés par une exposition d’œuvres multiples de Vasarely, et animée par Lucienne Bleibtreu-Kilian aux côtés de Denise René, était dédiée à l’origine à la diffusion d’éditions et d’œuvres multiples dans l’objectif de mettre l’art contemporain à la portée de tous les publics. 

Tous les artistes historiques défendus par la galerie y ont été exposés et ce lieu aura été pendant plus de cinquante ans un véritable laboratoire donnant à de nombreux jeunes talents la possibilité de leur première apparition publique. Depuis la disparition de Denise René en 2012 la galerie a cherché, sous la conduite de son neveu Denis Kilian, à perpétuer cette vocation initiale : exposer les artistes historiques de l’art abstrait constructif et donner une visibilité aux nouvelles générations s’inscrivant dans cette tendance.

“La décision imposant la fermeture de ce lieu auquel s’attache le souvenir de tant d’expositions est évidemment un immense crève-cœur pour tous ceux qui firent là, pendant toutes ces années, des rencontres marquantes avec la création contemporaine. Aussi était-il impossible de quitter notre adresse de St-Germain-des-prés sans explication et sans s’arrêter un instant pour évoquer en quelques mots la fabuleuse histoire qui s’est déroulée dans les murs de la galerie. Mais l’amour de l’art n’a pas de résidence assignée et la galerie poursuit évidemment son activité, dans l’absolue fidélité à la ligne esthétique définie par Denise René revivifiée par la sensibilité et le regard neuf de jeunes artistes. Plus que jamais, dans le plaisir renouvelé du partage et de la découverte, l’art abstrait géométrique et cinétique va s’exposer dans la galerie denise rené du Marais, ouverte avec Denise René en 1992 au 22 rue Charlot, et renforcer sa présence sur les réseaux sociaux.” écrit Denis Killian.

Dès à présent et jusqu’à fin juillet Colorful ! vient joyeusement bousculer l’exposition Hard edge et, en septembre, un grand solo Carrément Soto accompagnera la rentrée.

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société nouvelle galerie denise rené
22 rue Charlot 75003 Paris
tél : +33 1 48 87 73 94
info@deniserene.com

Charles et Ray Eames : Genèse d’une coque révolutionnaire !

Les chaises de Charles & Ray Eames sont probablement les assises de design d’après-guerre les plus connues du public. Icônes des magazines de décoration, elles sont devenues représentatives d’un véritable engouement pour cette époque. Le travail et les modèles réalisés par Charles et Ray Eames constituent d’ailleurs souvent le point d’entrée d’une future passion. Revenons sur l’histoire de cette fameuse coque !

“Les détails ne sont pas des détails : c’est ce qui fait le produit.” CHARLES EAMES

Charles et Ray Eames ont considérablement influencé l’histoire du design du XXème siècle grâce à une vision révolutionnaire, tant dans les formes que dans les matières utilisées. Ils laissent derrière eux une empreinte forte sur les jeunes designers contemporains du monde entier.

1939 : le début des recherches

C’est en 1939 que Charles et Ray Eames participent à leur premier concours, lancé par Eliot Noyes, responsable du design pour le MoMA. Leur proposition mêlait le caoutchouc, le contreplaqué courbé et le métal. Ils gagnèrent le concours mais le projet ne vit jamais le jour sur le marché, notamment à cause de la guerre et de l’arrêt des recherches sur les matériaux innovants. Ce qui n’empêcha pas les Eames de poursuivre leurs recherches sur le contreplaqué, et de travailler sur des matériaux innovants pour l’armée américaine, notamment en concevant des atèles. Cette période marquera leurs travaux futurs, portés sur la  nouvelle technologie dans le but d’obtenir de la haute qualité à bas prix.

1948 : un concours qui présage du succès

C’est ainsi que, encore une fois grâce à l’élan D’Eliot Noyles,  ils travaillèrent à une proposition pour le « International competition for Low Cost Furniture Design » – le concours international pour la conception de meubles à bas coût – annoncé officiellement le 5 janvier 1948. Ce concours apparaît dans un contexte où les inquiétudes devant le fait que, bien que le gouvernement et les industries mondiales mettent l’accent sur le problème du logement abordable, une attention minimale est accordée à la «conception et la production de mobilier bon, bon marché et attractif».

Les designers étaient encouragés à utiliser de nouveaux matériaux, outils et méthodes de production en vue d’améliorer la production de mobilier de qualité, et bon marché, pour la maison moderne. Le point culminant de l’exercice se traduirait par une exposition prévue au Musée d’Art Moderne de New York en 1949, ainsi que la distribution des meubles primés dans les établissements de vente associés au Projet de Design du Musée.

Le 18 janvier 1949, Nelson A. Rockefeller (Président du Musée d’Art Moderne décerne des prix aux lauréats du Concours International des Meubles à Faible Coût, déclarant que les dessins représentaient «une réelle contribution à l’amélioration des niveaux de vie».

Charles et Ray Eames, en collaboration avec une équipe d’ingénieur de l’Université de Californie de Los Angeles (UCLA), avaient développé une série de chaises en acier estampées. L’estampage de métal (un procédé de façonnage du métal) étant dans l’opinion de Charles Eames “la technique synonyme de production de masse dans ce pays ” Ils gagnèrent le deuxième prix de la compétition dans la section « sièges » et recevront $2500.

Mais Charles et Ray Eames avaient également proposé « La Chaise », une méridienne librement inspirée d’une statue figurative du sculpteur Gaston Lachaise “Floating Figure” (1927). Cette chaise longue, présentée en acier (pas en fibre de verre), considérée comme trop « spécialisée dans l’utilisation » et trop coûteuse à fabriquer à l’époque, reçut toutefois une mention honorable. Les juges avaient appréciés sa construction “frappante, belle et inventive”.

1949 : naissance de la première chaise en plastique apparent… au monde !

Comme le destin le voulait, les coûts de production des chaises métalliques estampées se sont avérés être beaucoup plus élevés que prévu et le processus de production plus compliqué. C’est donc très vite que les Eames s’attachèrent à présenter une nouvelle chaise, développée avec Zenith Plastic –- pour faire baisser les coûts de production.

Alors que les plastiques et similaires n’avaient jamais été une option possible pour le mobilier, l’évolution de la technologie de la fibre de verre, largement entreprise par les militaires américains pendant la Seconde Guerre mondiale (et par Zénith qui avait travaillé pendant la guerre à des coupoles de protection de radars en fibre de verre), couplée aux progrès de la technologie de production des fabricants de meubles, ont orienté leur choix.

Lors de l’exposition de 1949, au MoMA, les Eames présentent donc aux côtés du mobilier en aluminium et métal du concours, le premier prototype de chaise en plastique apparent au monde, composée d’une double coque en résine. Ce modèle ne fût en revanche édité qu’à partir de 1990, par Vitra.

1950 : le lancement de la production industrielle

La mise en production d’une série de fauteuils en fibre de verre se fera cependant très rapidement, dès 1950. Herman Miller ayant signé en tant que producteur, Charles et Ray Eames ont commencé une coopération avec la Californie et Zenith Plastic, axée sur le développement de versions en fibre de verre des dessins en métal estampillé.

Après avoir rencontré Sol Fingerhut (un ancien chercheur des laboratoires de fibre de verre d’Owens Corning, qui avait déjà développé des ailes d’avion en fibre de verre pour l’US Air Force) et Irv Green (également d’Owens Corning), Charles s’est immédiatement lancé dans la discussion du projet. Ses préoccupations tournaient autour des problèmes possibles qui pourraient surgir dans la production de fibre de verre de sa chaise, à savoir, comment faire adhérer la base à la coque, et comment traiter le bord. Ces problèmes ont été résolus par l’ajout de « boutons » (Schockmount) collés à la coque qui permettaient de visser la base, ainsi que le traitement des arêtes de la coque à l’aide d’une « corde-de chanvre » (rope-edge). Plus tard, la « corde-de chanvre » sera abandonnée. Elle ajoutait une étape supplémentaire au processus de production qui augmentait le prix de la chaise.

Après quelques nuits blanches, ils arrivent enfin à une coque moulée qui comblent leur besoin et remplissent l’objectif initial : pouvoir fabriquer en grande série une chaise moulée compacte, à un prix accessible par l’américain moyen. La « Eames Plastic Chair » était née.

Le fauteuil « Plastic Armchair » et la chaise DSS (Dining Stacking Chair) seront alors édités par Herman Miller puis par Vitra, à des millions d’exemplaires dans différentes finitions de piètements. Le siège coque, fauteuil ou chaise, a ainsi trouvé son expression industrielle.

Biographie et notes

1. Walker Art Center (1950), Everyday Art Quarterly, No. 17 (Winter, 1950-1951)

2. Smithson, Peter  (1966) Just a few chairs and a house: an essay on the Eames-aesthetic. Architectural Design, September 1966

3. Holroyd, Geoffrey (1966) Chronological Table. Architectural Design, September 1966

4. $30,000 in grants and $20,000 in prizes in international competition for design of low-cost furniture. Announcement of terms and conditions. Museum of Modern Art New York Press Release, January 5th 1948. http://www.moma.org/pdfs/docs/press_archives/1237/releases/MOMA_1946-1948_0111_1948-01-05_48105-1.pdf?2010 Accessed 14.11.2013

5. John Neuhart, Marilyn Neuhart and Ray Eames (1989) Eames design: the work of the Office of Charles and Ray Eames. Ernst and Sohn, Berlin

6. Time (1950) Sympathetic Seat. Time, 7/10/1950, Vol. 56 Issue 2, p47

7. John Neuhart, Marilyn Neuhart and Ray Eames (1989)

8. McCoy, Esther (1975) Nelson, Eames, Girard, Propst: The Design Process at Herman Miller. Design Quarterly, No. 98/99

9. John Neuhart, Marilyn Neuhart and Ray Eames (1989)

10. McCoy, Esther (1975)

11. Petite Encyclopédie du Design , Enrico Morteo, Solar Editions

Playground – Le design des sneakers

Baskets, tennis, trainers ou sneakers, peu importent leurs noms, elles marquent notre façon de vivre et de nous habiller depuis le début du XXe siècle. Portées par des millions de personnes à travers le monde, les sneakers sont devenues, en quelques décennies, un objet de consommation de masse qui transcende le genre, l’âge et les milieux socio-culturels.

Musée du Design de Bordeaux

Comment une simple chaussure de sport s’est-elle imposée comme un véritable accessoire de mode, voire une oeuvre d’art ? Avec plus de 600 paires, films, documents d’archives, photos et témoignages, l’exposition présente toutes les facettes de cet objet iconique, de son succès auprès des breakdancers new-yorkais aux recherches technologiques de pointe qu’il suscite.

À travers une sélection d’une cinquantaine de modèles emblématiques de 1900 à aujourd’hui, les visiteurs découvrent les marqueurs forts de ce qui constitue une histoire des sneakers. Portés par des stars du sport, témoignant d’innovations techniques révolutionnaires, promotionnés par des rappeurs, des skateurs de renom ou conçus par de grands couturiers, designers ou artistes, les modèles sélectionnés ont tous une histoire à raconter. Ils sont les reflets d’un moment, d’une époque ou d’un phénomène de société.

L’exposition propose ensuite de découvrir l’évolution de cette ascension. Longtemps réservées aux activités sportives, les sneakers vont dépasser progressivement ce domaine pour jouer un rôle essentiel dans la culture urbaine et la mode. Le transfert du sport à la rue est intimement lié à l’émergence des contre-cultures aux États-Unis et en Europe dès les années 1970. Symboles de l’anticonformisme, outils de distinction pour des icônes du Hip-Hop, de la Break Dance ou d’affirmation sociale et culturelle de certaines minorités, les sneakers se retrouvent bientôt aux pieds de tous. Mais la chaussure démocratique par excellence devient également dans les années 1980 l’objet de toutes les convoitises. Les prix flambent et le magazine Sports Illustrated titre en 1990 « Your Sneakers or Your Life ». Films, photos et témoignages retracent ce succès fulgurant.

La seconde partie est consacrée aux principales innovations qui ont marqué le marché de la sneaker depuis sa création. Le visiteur peut découvrir les recherches développées par les départements dédiés des grandes marques qui se livrent depuis quelques années à une course à l’usage des nouvelles technologies. Une évolution qui répond aujourd’hui aux enjeux de la mode éthique et du développement durable, et stimule également l’imagination des étudiants des grandes écoles de design.

Les acteurs importants du monde des sneakers sont mis en valeur, des collectionneurs – les sneakerheads – aux designers qui ont contribué aux plus grands succès comme Jacques Chassaing, designer chez adidas depuis 1981 à qui l’on doit notamment la chaussure de basket Forum, ou Tinker Hatfield, auteur de la Nike Air Max 1 ou de la célébrissime Air Mag du film Retour vers le futur 2.

Avec la participation des archives des grandes marques et d’institutions de référence dans le domaine, plus de 60 prêteurs et plus de 600 paires et documents présentés, Playground est la première exposition de cette envergure en Europe à présenter ce phénomène culturel.

Playground – Le design des sneakers
du 20.06.2020 au 10.01.2021

Musée des Arts décoratifs et du Design (madd-bordeaux)
39 rue Bouffard, 33000 Bordeaux
Tel : +33 (0)5 56 10 14 00

Design au Belvédère !

Jean-Yves Allemand, La Galerie du XXème – Poitiers (avec un petit collectif de marchands sélectionnés avec attention), organise une exposition/vente. Undesignable a eu l’occasion de visiter cet écrin rayonnant et merveilleusement aménagé.

Un sentiment d’exception se dégage dès l’ouverture de la porte. A l’arrivée, notre œil s’arrête sur un lampadaire de Pierre Paulin, rare et exceptionnel, une chaise de Jean Prouvé accompagnée d’un lampadaire, lui Hollandais… Il faut reprendre son souffle avant de passer aux pièces suivantes.

Des fauteuils authentiques et parfaitement restaurés dans des tissus de luxe, une harmonie des couleurs habillement distribuées. La visite redonne une bonne dose d’énergie et d’optimisme quant à l’avenir et l’intérêt du mobilier du XXème. Merci !

C’est à la Hague, en Hollande, que Jean-Yves Allemand sera pour la première fois touché par l’étoile du design. A l’époque, il effectue une année de césure au pays des « Mushrooms » pour ses études de commerce. Artifort a inondé les institutions publiques jusqu’à la bibliothèque de la Haute École de Commerce de la Hague ou étudiait, justement, le futur marchand. La passion du design s’immisçait pour prendre forme.

De retour en France, l’étincelle se transforme en réalité. Il commence à rechercher des pièces de Pierre Paulin et privilégie les éditeurs comme Thonet, Meuble TV, ou d’Artifort. Le mobilier nordique lui parle, bien sûr, mais c’est le Design Hollandais (le Dutch Design), qui retient son attention depuis 13 ans maintenant.

LE BELVÉDÈRE. Paris 9ème. Sur rdv uniquement. Jusqu’au 5 juillet. (Contact la galerie du XXème)

Accrochage Colorée !

L’incontournable Galerie Denise René (rive gauche) organise un accrochage de groupe composé d’œuvres colorées pour fêter l’arrivée de l’été.

Cette exposition ouvrira jeudi 18 juin et sera présentée jusqu’à mi septembre 2020.

En savoir plus ?

Galerie Denise René — rive gauche
196 boulevard Saint-Germain
75007 Paris

Horaires d’ouverture :
mardi – vendredi : 10:00 – 13:00 et 14:00 – 19:00
samedi : 11:00 – 13:00 et 14:00 – 19:00

Lille Métropole, Capitale Mondiale du Design

En 2020, Lille Métropole sera la première métropole française à devenir Capitale Mondiale du Design grâce à un projet novateur : transformer son territoire par le design.

  • L’année sera rythmée par de nombreux événements autour des 4 saisons :
  • L’hiver, la sensibilisation
  • Le printemps, la révélation
  • L’été, l’épanouissement
  • L’automne, l’accomplissement

De grandes expositions viendront expliquer la place du design dans l’appréhension des défis contemporains : changement climatique, amélioration de l’habitat, recherche d’une sociéte plus inclusive. Le programme se complétera de parcours thématiques, rencontres avec les designers, sans oublier de nombreuses manifestations festives, urbaines, pédagogiques.

Dans le cadre de cet évènement, Undesignable Markets proposera une 1er édition des marchés du design du XXème siècle.
Une belle occasion de venir faire un point sur l’histoire et les apports du design, mais surtout de venir chiner une pièce authentique et atypique pour le plus grand plaisir de votre intérieur (et de la nature 🙂)

En savoir plus :
https://www.designiscapital.com/

Vous êtes plutôt Vintage, Design ou Déco ?

Objets Design, Vintage ou Déco ? Qu’appelle-t-on une pièce vintage ? En quoi se distingue-t-elle d’une pièce de Design ?

Alors que Paris se vide doucement et que certains d’entre nous sont déjà à la recherche de bons déballages pour chiner une pièce de mobilier, une lampe, ou un objet « design », Undesignable en profite pour revenir sur un vocabulaire parfois difficile à circonscrire.

Nous vivons dans un monde d’objets. Sans le savoir, nous en possédons probablement plus de 500 dans notre lieu d’habitation. Lampes, tapis, bureau, ou tube de dentifrice, ils sont nombreux à peupler nos intérieurs. Ces objets nous racontent une histoire, l’histoire de notre époque. Différents en fonction du contexte dans lequel ils vivent, ils apparaissent comme le témoin de notre histoire si nous savons les écouter.

Le mobilier « Design »

Un mot qui vient du vieux français « desseing » et qui prend deux significations : « dessin » et « dessein ». Faire du design, c’est dessiner dans un but précis, c’est « signer une forme »*.

Le mobilier « Design » fait référence à un mobilier de conception. En effet, le métier de designer est apparu dans les années 1950, après la guerre. On distingue alors le concepteur de celui qui fabrique. Designer, c’est « concevoir » en fonction d’un « plan », c’est à dire « projeter » en fonction d’une « intention », d’une idée, d’un concept.

Dans la plupart des cas, le mobilier de designers porte donc une intention. Il ne cherche pas seulement à « signer » une forme, mais à proposer un « projet ». Celui-ci peut être social, innovant, lié aux processus de fabrication ou à la recherche d’utilisation d’une matière. Cela peut-être lié à une expérimentation.
L’amateur de design n’est pas seulement dans une recherche nostalgique, mais plutôt dans la valeur historique de l’objet ou d’une pièce. Il s’agit de qualifier un objet au regard de son intention, de son époque, des matériaux, de sa forme…

Le mobilier « Vintage »

Le terme Vintage apparaît dans les années 2000 dans l’univers de la mode. Il fait référence à un bon millésime (le vin). On parle alors de « vêtement vintage » qui fait directement référence à un couturier, une marque ou une époque.

Par extension, les Arts Décoratifs sont progressivement touchés par cette appellation devenue courante. Aujourd’hui dans le mobilier, on distingue deux grandes typologies d’artefacts aussi intéressantes l’une que l’autre.

Le mobilier « vintage » regroupe des pièces de mobilier qualifiées par leur époque, en référence à leur millésime, leur année de production, par exemple. Ce mobilier doit présenter toutes les caractéristiques d’authenticité (les rééditions ne sont pas vintages), ne pas être « trop » restauré et être dans son état d’origine. Ils peuvent être d’une grande valeur en terme de création et d’innovation. Souvent, ils sont le produit d’une entreprise ou d’un collectif. Une réalisation en marque blanche. C’est la valeur nostalgique qui sera recherchée.

Le mobilier « Déco »

Le mobilier « déco » est probablement le terme qui a été repris par la Presse et qui correspond a une opportunité commerciale. On retrouve dans le mobilier « déco » des pièces vintage ou de design, mais aussi des pièces transformées.

D’une manière générale, c’est la valeur décorative de la pièce de mobilier qui est valorisée et non sa fonction ou son intention. Elle est destinée à décorer, à agrémenter une pièce.

Le mobilier « Indus »

Ces objets issus de la production du début du XIXe siècle servaientt dans les usines, les ateliers ect. Ils sont aujourd’hui rares et ont leurs collectionneurs. Ce sont des chaises, des tables, des lampes ou des bureaux qui viennent directement de l’industrie. Ces pièces sont, la plupart du temps, de très bonne qualité de fabrication.

Sur cette typologie de mobilier, c’est la rareté et la qualité que recherchent les collectionneurs. Le mobilier dit « industriel » n’existe plus vraiment et trouver une chaise « Tolix » d’époque et en bon état relève du coup de chance aujourd’hui. On s’attachera à rechercher la valeur historique/industrielle de l’objet.

Sources :
*Le Design, PUF, Stephane Vial
C’est quoi le Design ? , Autrement, Claire Fayolle.

Modernariatio : Antiquités Design des années 60 et 70

Direction Galerie Modernariato dans le 18ème arrondissement à la rencontre de Béatrice Brengues, galeriste et experte en design italien.

Dans sa petite boutique, Modernariato, seul mot à signifier “antiquités design” parmi toutes les langues, pas de mobilier des années 50 mais un univers décalé, hommage au design des années 60 à 80 qui s’affranchit des codes.

L’œil se promène, s’arrête et s’interroge. Beaucoup de luminaires, des appliques, des suspensions ou des lampes de table remplissent le petit espace du sol au plafond. Retranscription d’un échange singulier autour du design et de la démarche du galeriste aujourd’hui.

Une passion : Le design italien des années 60 et 70

Ancien clerc de commissaire-priseur et responsable de département design à Drouot, Béatrice Brengues a décidé de se lancer seule en tant que galeriste il y a quatre ans, en donnant naissance à Modernariato.

Bien que l’espace soit restreint, le lieu est empreint d’une véritable personnalité, à l’image de celle de sa propriétaire, enjouée, colorée et profondément singulière. Pourquoi autant de luminaires ? Quand elle a ouvert, elle s’est promis « de toujours avoir des Eclisse et des petites lampes de références à 150€ qui soient des classiques du design ».

Sa sélection est donc naturellement « assez cadrée sur le design italien et français des années 60, 70 et, depuis deux ans, aussi des années 80, car il est prisé par une clientèle inspirante ». Ici, le plastique et les métaux aux lignes rondes et parfois exubérantes remplacent donc les formes sobres du design des années 50, en vogue dans les galeries parisiennes.

Béatrice nous le confirme et nous explique : « je ne fais pas d’années 50 ni de design scandinave car je n’ai pas une démarche de proposer des produits absolument à la mode ». Elle stocke d’ailleurs des pièces pour lesquelles « il n’y a pas encore de marché mais qu’elle achète parce qu’elles sont intéressantes ». Celles-ci sont « en attente du bon moment », à l’abri des regards. Un choix personnel guidé par une réelle expertise de l’histoire du design, mais également précurseur à l’heure où le plastique n’est pas encore un marché tendance et avec lequel il faut donc savoir jongler pour maintenir un nécessaire équilibre économique.

Un pari maîtrisé entre passion et équilibre économique

Sans remettre en cause sa passion, Béatrice Brengues nous explique avec franchise « la nécessité de dépasser l’intérêt culturel du métier pour trouver un équilibre économique, qui fait d’ailleurs pleinement partie de l’histoire du design de par son lien étroit avec l’industrie ».

Elle propose donc depuis le début ses pièces à la vente en ligne, sur son propre site internet. Une évidence puisque les gens qui s’intéressent à ce type de design, pointu et relativement méconnu du grand public, sont pour la plupart métropolitains et internationaux. Elle « vend ainsi essentiellement sur Internet » à des habitants de grandes capitales comme Paris, Londres ou Bruxelles.

Elle utilise aussi les Market Places pour répondre « à une demande urbaine d’objets vintage, mais pas forcément design », en chinant et proposant des objets qu’elle n’exposerait pas nécessairement dans sa galerie. Rue Montcalm, au contraire, elle préfère proposer des luminaires, pour grande partie italiens, en s’adressant à une clientèle curieuse de collectionneurs, souvent jeunes et créatifs, qu’elle accompagne dans leur démarche.

On y trouve alors pêle-mêle du Fabio Lenci, Enzo Mari, Ettore Sottsass mais aussi des pièces du japonais Isao Hosoe ou de l’autrichien Olaf Von Bohr : une vraie caverne d’Ali Baba pour les amateurs, sans oublier les professionnels, à qui elle propose des pièces à la location pour des shootings car « ce qui se loue n’est pas forcément ce qui s’achète ».

Des expositions thématiques à venir

L’activité de galeriste étant un terrain mouvant et évolutif, Béatrice nous explique que si elle fonctionne aujourd’hui davantage en « boutique », elle « aimerait à l’avenir s’établir davantage comme galerie et donner à voir son raisonnement intellectuel ».

Forte de ses études en histoire de l’art et de son expérience dans les musées comme en salle des ventes, « la démarche intellectuelle du galeriste est quelque chose qui lui plaît ». Une évolution qui semble toute naturelle et qu’elle a déjà amorcée dès 2013 avec une exposition thématique, accueillie par la galerie Briobox, sur les luminaires de Castiglioni, Scarpa et Magistretti.

La prochaine, dont le lieu n’est pas encore défini, installera Modernariato là où ne l’attend pas forcément : du côté des tabourets ! Roger Tallon, Achille Castiglioni ou George Nelson… Nous ne connaissons pas encore sa sélection mais ne doutons pas qu’elle sera à la fois pointue et loin des sentiers balisés du design « à la mode ».

En savoir plus ?

Modernariato Galerie Design
1 rue Montcalm
75018 Paris

Franck Tessier Design

Tombé dans la marmite de la brocante design il y a de cela 15 ans, grâce à un ami qui vendait aux puces de Vanves, Franck Tessier n’a eu cesse depuis de mettre en œuvre sa passion.
Passé de galeriste, par deux fois à Nantes, à vendeur aux marchands, une ligne directrice l’a pourtant suivi : celle du design des années 50 à 80 chiné avec un œil aguerri.

L’œil du passionné

Installé à Nantes, Franck Tessier nous ouvre ses portes. Une maison d’architecte des années 60, de grandes baies vitrées et un univers design animent l’endroit. Sur la cheminée contemporaine, des céramiques de Capron attirent l’œil. Une représentation assez fidèle de la façon dont l’homme chine ses objets : « on vend bien ce que l’on aime bien », explique-t-il. Il déballe ainsi souvent au Mans sa marchandise aux professionnels, faite de mobilier de design français des années 50 à 80.

Une époque qui anime le marchand

Loin de se restreindre à un designer, Franck Tessier offre à voir pêle-mêle, chez lui, une chaise de Guariche, un Bridge de Paulin ou une table basse italienne de Willy Rizzo. Et des céramiques, bien sûr, car il « aime beaucoup les céramiques des années 50 ».

Capron, Ruelland, Jolain, Chambost ; Franck Tessier nous confie en ce domaine son affection « aussi bien pour les pièces de forme que les tables basses ».

Une expérience au service de la sélection

De par sa situation géographique, Franck Tessier nous explique ainsi chiner sur la côté Atlantique car «on y trouve beaucoup de 50 français dans les villas et de 70 dans les appartements». Idéal pour proposer du design d’après-guerre. Et si le marchand nous confie s’affairer à donner à voir une période plus que défendre un designer, il attache cependant une attention particulière à sélectionner avec minutie les « objets des années 50, mais aussi de plus en plus des années 70 », en utilisant son « expérience lui permet de proposer des objets authentiques ».