Dominique Esteve : Les classiques du design

“Une chauffeuse de Mourgue, un fauteuil Paulin, une LC4 Le Corbusier, du Bertoïa, du Jacobsen… ”, Dominique Esteve parie sur les classiques pour agrémenter son stand de la Brocante Design.

Et aussi sur un agencement bien travaillé, organisé autour de petits pôles différents, de manière à attirer le regard d’abord sur des pièces connues, et ensuite sur des petites trouvailles inattendues.

Dans le métier depuis une trentaine d’années, il essaie toujours de faire découvrir des objets nouveaux aux chineurs. “Les classiques rassurent, mais il faut aussi rester accessibles pour de petits budgets, des coups de coeur, et pour cela j’ai aussi des pièces anonymes. Et je propose des meubles moins connus, par exemple cette année des tabourets en fil Verner Panton, une Lamino Chair d’Yngve Ekström.”

Des pièces que cet antiquaire choisit aussi en fonction de sa passion pour l’inventivité des designers. “Toutes ces personnes ont réalisé des objets, des meubles, d’une façon vraiment nouvelle pour leur époque. C’est quelque chose que l’on ne mesure pas toujours. Les chaises Eames en fibre par exemple, il faut voir ce qui se faisait à ce moment là pour percevoir leur côté novateur.” Le travail du bois courbé dans les années 1950-1960, celui du plastique dans les années 1970… Il apprécie particulièrement de pouvoir échanger avec les chineurs comme avec les autres marchands, persuadé qu’il est toujours possible d’apprendre des choses nouvelles dans ce domaine, ou de transmettre son savoir.

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Aauthentik
https://www.aauthentiks.com/accueil

Robert Mallet-Stevens. La Villa Cavrois

La villa Cavrois, construite entre 1929 et 1932 par le bâtisseur Robert Mallet-Stevens, est un chef d’œuvre de l’architecture du XXéme siècle qui retrouve une seconde vie, près d’un siècle après avoir failli disparaître. La villa Cavrois à Croix, près de Lille, a réouvert ses portes au public depuis le samedi 13 juin 2015.

C’est un industriel de la région Nord-Pas-de-Calais, Paul Cavrois qui, en 1925, faisait construire à Croix, banlieue cossue de Roubaix, un véritable château du XXème siècle. Confiée à l’architecte Robert Mallet-Stevens, cette demeure élégante, originale et familiale témoigne de l’art de vivre de l’époque.

Elle constitue une référence internationale dans l’histoire de l’architecture moderne.
Achevée en 1932, la villa Cavrois rime alors avec confort, luminosité, simplicité et fonctionnalité.

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La Villa Cavrois
60 Avenue John Fitzgerald Kennedy
59170 Croix

Plastique d’objets usuels & poétiques

A deux pas de l’Atonium, vous apercevrez l’entrée bariolée dessinée par Jean Nouvel, du musée ADAM de Bruxelles. Ouvert depuis décembre 2015, le musée accueille l’impressionnante collection de Philippe Decelle. Une collection constituée d’oeuvres d’art, objets et mobiliers en plastique des années 50 à aujourd’hui.

L’histoire débute lorsque Pierre Decelle commence à collectionner les objets en plastique en réaction au style Régence de ses parents. Il ramasse sa première chaise en 1987 pour ne plus s’arrêter d’amasser et finir par composer un ensemble extrêmement cohérent de plus de 2000 pièces. Une véritable collection qu’il met en scène chez lui, pour le plaisir des amateurs et des connaisseurs, avant de la céder à l’ASBL. Objets rassemblés au fil du temps, il devenait nécessaire d’inventorier, de répertorier, de classer ce trésor unique sur les étagères d’une réserve et d’en prévenir les effets du temps. ADAM est donc fondé et intègre la plus riche collection privée de mobilier plastique actuellement visible en Europe.

La passion d’un collectionneur

Véritable colonne vertébrale du fond, la collection ne peut-être présentée dans son intégralité sur les 1500 m² d’espace d’exposition. Des roulements annuels seront organisés pour permettre de faire vivre le fond et de dynamiser la médiation. Nostalgique de l’Utopie du tout plastique, vous allez enfin pouvoir gouter à la saveur du méthacrylate de méthyle mais avec les yeux seulement. Plexiglas, néoprène, polycarbonate, nylon seront aussi au menu d’un parcours thématique qui rappelle les moments clefs de l’histoire du Design.

Des moments clefs de l’histoire du design

Nous commençons par une première salle de présentation de la chaise Univervale de Joe Colombo, pour découvrir de multiples variations du vase Bambu d’Enzo Mari et finalement se rendre compte que l’on n’a jamais trouvé un ensemble complet de la vaisselle des Vignelli, sur une brocante.

Fonctionnalisme, Pop et New Domestic Landscape

La visite se poursuit avec une large salle et son approche du fonctionnalisme Pop et de la production de masse. Le voyage continue sur le territoire de Wendell Castle, en passant par la plasticité du plastique avec Zelig, pour nous amener au royaume du design Italien dans un portrait admirable de « The New Domestic Landscape ».

Cesare Leonardi et Franca Stagi théâtrale

Dans l’ensemble, le parcours muséal mélange des objets usuels avec des pièces extrêmement rares avec une certaine simplicité très agréable. Nul besoin d’être un spécialiste, la scénographie théâtralise certaine pièce pour les porter au rang de poésie immobile, tel le Dondolo de Cesare Leonardi et Franca Stagi. Vous serez stupéfait. Puis, lorsque vous quitterez l’exposition, un jour…vous rejoindrez l’entrée en passant devant la réserve… Une merveille.

Art & Design Atonium Museum

Avec un budget de fonctionnement annuel de 1 millions d’euros, la direction compte financer ses activités culturelles en majorité par la vente des tickets d’entrée et espère capter 120.000 visiteurs par an. Vous l’aurez compris, le musée ADAM est un peu comme une prescription médicale à prendre deux fois par an !

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ADAM
Place de Belgique
1020 Bruxelles

Escapade design à Berlin ?

Berlin, c’est d’abord une histoire contemporaine, actuelle et aujourd’hui encore, en transformation. Les grues sont omniprésentes, les quartiers en mutations. Depuis le slogan de Klaus Wowereit, (le très populaire et ex-maire social-démocrate) « Berlin, ville pauvre, mais Sexy », les choses ont beaucoup changée.

Tous les quartiers de la ville ont connu le phénomène de « Gentrification », et avec celle-ci, l’apparition de bars, de galeries, de magasins en tous genres et d’une augmentation substantielle des prix. Pourtant, Berlin reste la ville la plus entrepreneuriale actuellement en Europe. Ici, les gens font d’abord avec désir plutôt que pour ce qu’il y aurait à gagner. Cet état d’innocence est maintenu par un marché de l’immobilier abordable (par rapport à d’autres grandes villes comme Paris ou Amsterdam). Il s’agit d’une ville Labo ou l’on peut expérimenter tranquillement ses idées sans avoir à courir après un résultat rapide.

Quelques jours à Berlin ? Ajoutez des « Spots » design à votre carte de la ville !

Arrivé dans la capitale Allemande, vous serez probablement surpris par l’étendue et la taille de la ville. Huit fois grand comme Paris, il faut immédiatement s’organiser pour les déplacements. Rapidement, vous comprendrez que Berlin ne ressemble en rien à une escapade touristique traditionnelle. En grande partie détruite pendant la seconde guerre mondiale, Berlin est avant tout une ville reconstruite, et pour ne rien arranger, reconstruite de deux manières. Alors, si vous cherchez une ville romantique, tranquille et charmante, choisissez plutôt une autre destination.

Bauhaus-Archiv

L’Allemagne et l’école du Bauhaus tiennent une place importante dans l’histoire et le développement du design en Europe. Entre 1919 et 1933, les enseignements dispensés dans cette école, ont probablement été des plus influents pour le XXème siècle. Les Archives du Bauhaus ont pris place, au cœur de la ville, dans un bâtiment dessiné par Walter Gropius lui-même en 1960. Afin de la rendre visible au public, la collection du Musée est actualisée périodiquement de nouvelles pièces souvent extrêmement rares. Vous y trouverez des travaux d’étudiants, des sculptures Oskar Schlemmer, des pièces de Marianne Brandt ou encore le lit d’enfant de Marcel Breuer. La visite est documentée de nombreuses photographies changées périodiquement pour leurs bonnes conservations. Le Bauhaus-Archiv organise aussi des expositions temporaires sur des sujets ou des acteurs qui ont marqué l’école.

Museum der Dinge

Difficile de passer à Berlin sans visiter le quartier de Kreuzberg. Une fois sur place, entre restaurants et pubs berlinois, se trouve le petit Musée des Choses. L’établissement offre une petite collection d’artifacts du XXeme siècle et propose régulièrement des expositions sur le thème du Design ou du Graphisme. L’entrée vous coutera la modique somme de 5 euros, alors, il ne faut pas se priver. En plus, le musée est situé au première étage d’une ancienne usine. Faites un tour dans les deux cours intérieures pour en apprécier l’architecture.

Les marchés et les brocantes

BerlinLe 30 avril à Berlin, on danse jusqu’au 1er mai, qui est aussi le jour de la grande brocante. Plus de 700 exposants, particuliers et professionnels se retrouvent au pied de la célèbre OstBahnhof, à deux stations d’AlexanderPlatz, à partir de 8 heures. Et attention, il y a un rattrapage, pour ceux qui ont louper la dernière session : Le 3 octobre. + d’infos Le dimanche matin, c’est “Brunch et Brocantes”. Les classiques du dimanche : ArkonaPlatz (PrenzlauerBerg) & Boxhagener platz (Friedrichshain). Pour les chercheurs d’or : Strasse der 17 Juni (l’Officiel sur le week-end) Ostbahnhof & Mauer Park.

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Bauhaus-Archiv
Klingelhöferstraße 14
10785 Berlin

Memphis, le design libre

Ultra coloré, déstructuré, insolite et joyeux, le mouvement Memphis, inspiré par Ettore Sottsass au début des années 80, marque la fin d’un design fonctionnel pour s’ouvrir à une créativité radicale et hors-norme.

Memphis émerge en Italie en 1981 : graphiques, ludiques, explosives, les formes et les couleurs des meubles et des objets issus de la tendance échappent à tout conformisme et défraient la chronique. La fonctionnalité s’efface pour laisser la place à un chaos apparent. La bibliothèque Carlon d’Ettore Sottsass, composée comme une sculpture vaudou, le cabinet d’Antibes de Georges Sowden, monté sur des pieds gigantesques ou encore les fauteuils géométriques de Peter Shire laisseront pourtant une empreinte indélébile et s’arrachent aujourd’hui à prix d’or.

Sottsass et sa vision du Monde

A l’origine de ces lignes subversives : Ettore Sottsass. Né en Autriche mais installé à Milan, l’architecte et designer s’interroge au fil de ses voyages et de ses collaborations, dont celle avec Olivetti, sur les champs de la création et sur le conditionnement de l’homme à l’objet, un rapport qu’il conteste.

A 64 ans, il fonde ainsi le mouvement Memphis, dont le nom est une évocation de la chanson de Bob Dylan « Stuck inside of Mobile with the Memphis Blues again ». Il s’entoure de jeunes designers tels que Matteo Thun, Aldo Cibic, Barbara Radice ou encore Nathalie du Pasquier qui déclinent les couleurs primaires et les lignes déstructurées pour la réalisation de mobiliers, de luminaires, d’aménagements domestiques et d’objets de décoration. Sottsass affirme que «le design est une façon de débattre de la vie », un débat qui prend la forme d’une rébellion contre le fonctionnalisme forcené qui a marqué le début du XXème siècle.

Dans les jalons de l’Anti-design, qui s’attache à dénoncer depuis 1950 les perversions de la société de consommation, Memphis s’impose comme le Nouveau design italien, dont va s’inspirer, pendant plusieurs années, les médias, la publicité ou la bande dessinée.

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Une collection de pièces uniques

Contre la production de masse, le mobilier Memphis s’édite en série limitée, mais ne convainc qu’une élite, seule à disposer des moyens pour y accéder. Durant les premières années des eighties, les créations surprennent, dérangent, amusent. « L’aventure ne s’est pas terminée pour des raisons particulières. Après cinq à six ans révolutionnaires, il était clair à tous que le moment était venu de s’arrêter, car tout ce qui devait être exprimé avait déjà été dit. Comme le disait Sottsaas, la révolution, on ne peut la faire qu’une seule fois… », explique Alberto Bianchi Albrici, directeur de la société Memphis à Milan.

Aujourd’hui, les meubles sont toujours édités de façon confidentielle en Italie. « Nous avons une clientèle très transversale, il n’existe pas un type particulier de client. Je crois que le trait d’union entre eux, c’est la sensibilité » affirme Monsieur Albrici.

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Memphis Milano
Largo Treves 5
20121 Milano

Octobre et le Design Français

Avec l’ouverture de la FIAC, les galeries parisiennes spécialisées dans le mobilier Design Français sont à l’honneur. La galerie Meubles et Lumières propose, à partir du 17 octobre, une exposition sur le luminaire Français des années 50 et la galerie Pascal Cuisinier retrace 10 années d’exposition à partir du 19 octobre. Une belle occasion pour une découverte parisienne.

Jousse Entreprise

A deux pas de la Galerie Pascal Cuisinier, vous retrouverez Jousse Entreprise, qui pour la Fiac, proposera une thématique en lien avec la parution du livre d’Antoine Philippon / Jacqueline Lecoq.

Galerie Jousse Entreprise, Rue de Seine, Paris.

Galerie Alexandre Guillemain

Depuis 1999, la Galerie Alexandre Guillemain est spécialiste du design et des Arts décoratifs de la seconde moitié du XXème siècle. Au sein de ses 2 espaces d’exposition au cœur de Saint-Germain des Prés, elle propose une sélection rigoureuse de mobilier et d’objets d’art sans cesse renouvelée. La Galerie Alexandre Guillemain expose à ce titre des designers et des artistes de renommée internationale.

Jusqu’au 26 octobre, entrée dans l’appartement d’un collectionneur à la Galerie Alexandre Guillemain. 35, rue Guénegaud. 75006 Paris

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Galerie Pascal Cuisinier

La galerie Pascal Cuisinier est spécialiste de la génération des premiers designers français.

Parmi eux P. Guariche, J.A. Motte, M. Mortier, G. Dangles et Ch. Defrance, A. Philippon et J. Lecoq, J.Abraham et D. Rol, A. Monpoix, A. Richard, R.J. Caillette, ou encore P. Paulin. Depuis 2006, elle défend leurs créations conçues entre 1950 et 1961 ainsi que celles des meilleurs créateurs et éditeurs de luminaires français de l’époque (P. Disderot, R. Mathieu, J. Biny).

Située rue de Seine, en plein coeur du quartier de Saint-Germain-des-Prés, la galerie contribue à révéler l’esprit d’avant-garde de ces jeunes créateurs et leur importance dans l’histoire des arts décoratifs français.

Galerie Pascal Cuisinier. Rue de Seine, Paris.

Galerie Meubles & Lumières

Propose pour l’automne, une exposition sur le luminaire des années 50 (Voir article précédent).

Galerie Meubles & Lumières, Paris.

Le luminaire Français des années 50

La lampe électrique à aujourd’hui 140 ans. C’est le 21 octobre 1879 que Thomas Edison réussit à faire fonctionner pendant quarante heures la première lampe à incandescence à filament de coton carbonisé.

L’innovation : La lampe

En 1809, un chimiste anglais découvre la lampe à arc électrique, mais le monde doit la découverte et surtout le développement industriel de la lampe à incandescence à T.A. Edison et J.W. Swan. Avec l’arrivée de l’électricité, l’éclairage ne cessera d’évoluer. Cette lampe est à l’origine du prodigieux essor de l’éclairage. Elle a transformé le rythme de la vie humaine, grâce aux heures d’activité qu’elle a fait gagner sur la nuit.

Les progrès techniques qui seront réalisés dans le domaine de l’acier permettront à toutes les industries d’améliorer la qualité de leurs outils (en coupe) mais aussi d’abaisser les prix de revient.
On notera, de plus, l’arrivée et l’usage des matériaux synthétiques, mis au point par les industries chimiques avant la seconde guerre mondiale, à partir de 1949 en France.

Le développement

De 1950 à 1980, poussé par l’innovation et la mise au point de nouveaux matériaux, le style moderne fait son apparition. Il permet à une distribution nouvelle de se developper en proposant des tarifs accessibles et en offrant une disponibilité rapide. Cette forme d’organisation de la production et de sa distribution répond immédiatement à la demande forte des trente glorieuses.

La décennie 1950 connaîtra en France une période de croissance économique et technologique qui touchera tous les secteurs d’activité et la décoration d’intérieur. Les habitations modernes voient naturellement apparaître des systèmes d’éclairage qui correspondent aux nouvelles manières de vivre et d’habiter son intérieur.

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Lampadaire base étoile de Robert Mathieu
Articulation de formes et de fonctions

Un rapprochement se fait entre créateurs et industriels. Les pièces sont maintenant produites en petites série en appliquant les avancées de l’industrie. Nouveaux procédés, nouvelles techniques mais aussi nouveaux matériaux tels le perspex, le rotaflex, le métal perforé…

Les créateurs français qui dessinent ces modèles comme Pierre Guariche, Michel Buffet, Jean Boris Lacroix, Louis Baillon, Charles Ramos, Joseph André Motte, Michel Mortier… trouveront une oreille attentive auprès des grands éditeurs que sont Disderot, Caillat, Arlus, Lunel, Lita et autres.

L’on verra apparaître des appliques potence, des lampes de bureau ou des suspensions à contrepoids.

Des changements certains

La période donnera naissance aux éclairages multiples (nombreux bras, articulés ou non), à l’utilisation de la rotule (qui permet d’orienter la lumière), de la poulie, de contrepoids, systèmes, éclairages indirects, lampes à déplacer, apparition de couleurs primaires, graphique, jeux de lumière…

La Galerie Meubles et Lumières rendra hommage à cette intense période de création en présentant du 17 octobre au 30 novembre, une sélection de luminaires français de la décennie 1950 illustrant la multiplicité du répertoire formel de cette période riche et novatrice.

Le luminaire Français des années 50
Exposition du 17 octobre au 30 novembre 2019.

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Galerie Meubles et Lumières
58 rue Mazarine
75006 Paris

Le design Scandinave, une esthétique et un style fonctionnel

Les lignes pures et les grandes signatures du design scandinave ont traversé le temps et les frontières. Ce design venu du nord de l’Europe a toujours défendu que le beau et le naturel ennoblit l’homme.

Épuré et fonctionnel, le design scandinave puise ses fondements dans les idéaux fonctionnalistes et les utopies sociales qui ont éclos à la fin du XIXème siècle, comme cela fut le cas en Suède à l’occasion de la création de la Société suédoise des arts et du design en 1845.

Toutefois, le véritable essor de ce style aux formes simplifiées s’effectue dans les années 30. Les matières naturelles sont mises à l’honneur et le travail des designers se concentre dans la fabrication d’objets et de meubles destinés à améliorer le quotidien. La réflexion sur les formes, les dimensions idéales et la façon dont les meubles doivent s’intégrer dans l’habitat sont ainsi prioritaires.

L’âge d’or des 50’S

Ce mouvement à vocation populaire est commun à tous les pays du Nord de l’Europe. En Finlande, le designer et céramiste Kurt Ekholm soutient que grâce à leur beauté, leur simplicité et leur fonctionnalité, les ustensiles du quotidien doivent améliorer la qualité de vie. Dans la revue Kritish Revy, le créateur danois Poul Henningsen, lassé par le modèle néoclassique et l’approche moderniste du Bauhaus, insiste sur la nécessité de concevoir des objets quotidiens à la fois rigoureux et conviviaux.

Après la guerre, les Danois se lancent ainsi dans la fabrication en série de meubles et d’objets destinés aux petits budgets et aux surfaces réduites des appartements des classes moyennes. Le « bon design » va rapidement se convertir en « bon goût ».

En Suède, Ericson, Electrolux ou Gustavsberg, s’appuient sur la technologie pour lancer sur le marché des produits de plus en plus ergonomiques et performants. Dans le même temps, Arne Jacobsen, Hans J Wegner, Poul Cadovius et d’autres grands designers émergent de toute la Scandinavie.

Les années 50 incarnent un véritable « âge d’or » pour le design scandinave ; son esthétisme remporte un succès populaire et se propage bien au-delà de la Scandinavie. Les designers explorent le teck puis les propriétés du contreplaqué moulé : le siège Myren -Série 7- de Arne Jacobsen, produit et lancé par Fritz Hansen, va d’ailleurs devenir l’un des meubles les plus vendus au monde et l’emblème du modernisme danois.

Les années 60 sont marquées par l’arrivée de matériaux synthétiques telle que la fibre de verre ou la mousse de latex : la chaise S en plastique de Verner Panton ou la Ball en plexiglas d’ Eero Aarnio font des cartons !

Un design écolo

En contre-pied du culte des produits signés, la société suédoise Innovator design, fondée en 1969 par les designers Johan Huldt et Jan Dranger, distribue ses meubles de façon anonyme. Il s’agit d’objets en tube de métal et en toile très colorés et peu coûteux, qui remportent un vif succès, comme le siège Stuns.

Avant-gardistes, les deux designers avaient dessiné en 1964 des sièges de mobilier composés de très peu de matériaux. Une démonstration de philosophie, voire de politique environnementale en réponse aux débats et aux inquiétudes naissantes des jeunes Scandinaves au sujet de l’écologie, du traitement des déchets et de l’augmentation de la population. Largement copiés, sans discrimination et parfois injustement, leur succès représente, encore aujourd’hui, toute la difficulté des designers à concilier les problématiques environnementales et de productions industrielles.

Fidèle à sa mission de design pour tous, les bases internationalistes du design scandinave est jetée. Ikea démocratise le design blond aux lignes épurées à travers toute l’Europe et contribue à mettre à la portée de tous des objets beaux et bien conçus. Aujourd’hui, le design scandinave sans cesse revisité fait l’objet, dans les pays du Nord, de nombreuses formations, comme celle de l’école Konstfack, fondée en Suède en 1844, qui propose un enseignement jusqu’au master.

La tendance contemporaine est au développement durable. Les meubles et les accessoires de décoration sont fermement orientés par une philosophie éthique. En réponse aux diminutions des ressources naturelles, ce concept s’inscrit dans la continuité humaniste à laquelle le design scandinave s’est toujours identifié.

Documents & Remerciements

– “Design scandinave” par Charlotte et Peter Fiell (Taschen, 2015)
– “Modern Scandinavian Furniture” par Ulf Hard af Seierstad (Gyldendal, Oslo, 1963)
– Merci à Gunilla Norén, responsable communication chargée de mission design à l’Institut Suédois (Paris)

Gavina ou la naissance d’un design Italien industriel à visée culturelle

Dino Gavina, homme subversif, à la fois entrepreneur et personnage du design italien, a marqué de ses multiples collaborations l’histoire du mobilier et du luminaire, conçue en référence au fonctionnalisme rationaliste, en y ajoutant le génie de la créativité.

Le Design Comme Phénomène Culturel.

Pour Gavina, il s’agit avant tout de produire en série des pièces conçues par des travailleurs esthétiques*. Il déclarera d’ailleurs en 1967 que « la production est le moyen de communication le plus efficace de notre temps, un moyen qui peut être utilisé comme véhicule de stupidité ou de civilisation ». Gravitant autour du mouvement Dada, un des enjeux de sa méthode est de regarder les objets du passé, de les sortir de leur contexte historique et parfois d’usage, toujours dans un pré-requis de production industrielle, en série. L’exemple le plus parlant est le tréteau « Cavaletto », sorti de son contexte d’atelier de menuisier, produit par Gavina sur les indications de Pier Giacomo Castiglioni et présenté par la suite dans le catalogue Metamobile.

Lucio Fontana : L’entremetteur Inspiré

On peut dire que tout commence – ou presque – en 1953, quand le grand Lucio Fontana, lors de la préparation de la dixième triennale de Milan, présente Dino Gavina à Carlo Mollino, Carlo De Carli et Pier Giacomo Castiglioni. Des rencontres qui feront l’histoire puisque sept ans plus tard, Gavina créé Gavina s.p.a. : Carlo Scarpa, figure emblématique du design italien, en devient le Président et c’est là que les frères Castiglioni vont dessiner le fauteuil Sanluca, un succès, Marco Zanuso la chaise Lambda et Tobia Scarpa, le fils, le lit Vanessa, toujours ré-édité chez Cassina au sein de la Simon Collezione.

En 1962, Gavina décide de créer la Flos, éditeur de luminaires, aux côtés Cesare Cassina, afin d’apporter la pièce qui manquait à l’édifice pour créer un ensemble complet de propositions d’objets domestiques. Elle éditera le lampadaire Arco des frères Castiglioni la même année. C’est un succès à l’époque et cela le reste cinquante ans plus tard.

La Production En Série : Clé De Voûte D’une Méthodologie Esthétique

D’un voyage à New-York en 1962 pour rencontrer Marcel Breuer, naît un autre moment phare de l’histoire de l’homme : la décision de produire en série ses prototypes datant de l’époque du Bauhaus (la table Laccio, le fauteuil Wassily ou encore la chaise Reclining). Gavina expliquera son obsession pour la production en série en déclarant : « J’ai toujours eu une grande confiance dans le potentiel culturel et esthétique implicite dans l’industrie ».

Car là est le cœur du sujet : ne pas s’adonner à la mode ou au style mais créer des objets usuels à valeur esthétique, comme « des provocations formelles et culturelles »*. « J’aime essayer de construire des objets capables de défier le sable et l’oubli du temps et des modes », Dino Gavina

La fin de Gavina s.p.a en 1968 (revendue déficitaire à Knoll) ne sonne pas la fin de l’aventure puisque la même année, la Simon International voit le jour autour de représentants du design : Maria Simoncini, Enzo Mari, Carlo et Tobia Scarpa et Kazuhide Takahama. Va alors s’appliquer une méthode d’industrialisation d’éléments à assembler, garantissant ainsi qualité et quantité, au travers des concepts modulaires et d’initiatives expérimentales comme l’Ultrarazionale, l’Ultramobile, le Metamobile ou le Paradisoterrestre.

On en retient par exemple la table Doge (Carlo Scarpa), la table Delfi (Travail collaboratif entre C.Scarpa et Marcel Breuer à partir d’un modèle de 1930 de Breuer) ou Bramante (Kahuzide Takahama), meuble qui met en exergue les qualités du laquage.

* Virgilio Vercelloni, L’aventure du design : Gavina, Jaca Book.

Cees Braakman : emblème du design Hollandais d’après-guerre

Né à Utrecht, aux Pays Bas, Cees Braakman a mené sa carrière de designer en intégrant très jeune l’entreprise de meubles Pastoe, dans laquelle son père est dessinateur, et en prendra la tête en 1948.

La vision sociale du Design dans les Pays-Bas d’après-guerre.

Après 1945, vient le temps où les entreprises doivent reconstruire leurs installations. Elles profitent de cette période pour restructurer leurs processus et leurs méthodes de fabrication. Après avoir réussi à rassembler suffisamment de machines, Pastoe peut relancer la production de mobilier. En qualité de directeur et de chef de projet, de 1945 à 1978, Cees Braakman développera plusieurs lignes de mobilier et accrochera une identité nouvelle au catalogue de produits.

Dans le même temps, les Pays-Bas sont eux aussi plongés dans une approche de reconstruction, misant sur une architecture moderniste et sociale à grande échelle. Braakman s’inscrit donc pleinement dans la mouvance de l’époque en dessinant des meubles adaptés aux petits espaces et développe des pièces de mobilier fonctionnelles tout autant qu’esthétiques.

Une inspiration venue des Etats-Unis

En 1947, Braakman est envoyé aux États-Unis pour étudier les méthodes de conception et les procédés de fabrication. Et c’est en visitant Herman Miller qu’il tombe sous le charme des travaux du couple Eames. De retour en Hollande et devenu directeur de Pastoe, il introduit alors la technique du cintrage de contreplaqué (avec, par exemple, la série SB à partir de 1950) et de nouvelles lignes de meubles modernes en bois, matériau qu’il ne cessera d’utiliser sous différentes formes (massif, contreplaqué, chêne, palissandre…) quand d’autres comme Friso Kramer se spécialiseront dans le travail du métal plié.

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Credit photo : Kameleon-Design

Le « Good Living Foundation »

Au cours des années 1950, les meubles de Cees Braakman sont soutenus par le « Stichting Goed Wonen » (Good Living Foundation), une association qui rassemble fabricants, designers, consommateurs et distributeurs afin de promouvoir les lignes et les produits issus d’une esthétique partagée.

L’association publie une revue dans laquelle le mobilier Pastoe sera, à plusieurs reprises, mis en avant pour les qualités modernes, élégantes et extrêmement fonctionnelles de son design. On pouvait y lire comment la conception du mobilier comme l’intérieur d’un tiroir, réalisé d’une seule pièce de contreplaqué moulé, permettait un nettoyage facile. Ce soutient pragmatique a aidé l’entreprise à retrouver sa clientèle et à se créer une réputation d’avant-gardiste.

Conceptions Modulaires

À partir de 1955, Braakman consacrera une grande partie de son travail à la recherche et la conception d’armoires modulaires. Son approche était que l’utilisateur devait pouvoir choisir, parmi une variété de bois et de modules différents, une combinaison lui permettant de créer un “système sur mesure”.

C’est en s’intéressant à cet aspect modulaire du mobilier qu’il recevra le prix de la triennale de Milan en 1957 pour ses armoires “Made-to-measure”, proposées au salon dans une version en teck.

Les pièces iconiques exposées au Stedelijk Museum d’Amsterdam

L’homme est aujourd’hui considéré comme un des plus grands designers néerlandais et certains de ses travaux sont exposés à Amsterdam, au célèbre Stedelijk Museum. Les chaises en métal grillagé, SM15 et FM15, traduisent ainsi son admiration pour les Eames quand sa desserte Mobilo, créée en 1953, revendique un travail de la matière et de la forme précis. Pastoe poursuit aujourd’hui ses activités, marquée par l’approche modulable et combinatoire qu’avait su imposer le designer il y a près de soixante-dix ans.